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Une oeuvre d'art contemporain par l'artiste Clothilde Lasserre
© Clothilde Lasserre

Née à Tours, Clothilde Lasserre vit et travaille aujourd’hui entre Croissy-sur-Seine, Bagnolet et Paris. Son parcours singulier s’inscrit d’abord dans le champ scientifique. Docteure ingénieure en mathématiques, elle mène pendant plusieurs années une carrière où rigueur, analyse et modélisation structurent sa pensée. Cette formation intellectuelle, loin de s’opposer à la création artistique, en constitue aujourd’hui l’un des fondements. Observation méthodique, construction progressive et attention aux systèmes complexes irriguent sa pratique plastique, où intuition et raisonnement avancent de concert.

Progressivement, le besoin de s’exprimer par la matière et le geste s’impose, jusqu’à devenir central. Elle se forme alors à la peinture auprès d’artistes professionnels et développe une pratique soutenue, qui l’amène à exposer régulièrement en galeries et dans des salons d’art contemporain. Parallèlement, elle approfondit la sculpture à La Borne et à Sèvres, où elle acquiert une maîtrise technique du grès et de la porcelaine. Ces matériaux deviennent des terrains privilégiés pour explorer l’équilibre, la tension et la relation à l’espace. Aujourd’hui représentée par la Melting Art Galerie à Lille et la galerie Gabel à Biot, elle participe à de nombreux événements artistiques et son atelier est récemment labellisé « Ateliers d’Art de France ».

Territoires, présences et équilibres

La démarche de Clothilde Lasserre interroge la place de l’individu au sein des paysages, des territoires et des dynamiques collectives. Peintures et sculptures sont pensées comme des espaces à habiter, traversés par des traces, des lignes de force et des fragilités assumées. Les formes n’y décrivent pas un monde reconnaissable, mais évoquent des états, des passages, des moments de bascule.

Dans ses sculptures, la matière raconte des postures, des résistances ou des ouvertures, tandis que ses peintures développent des paysages métaphoriques, faits de circulations, de mémoires et de reconquêtes. L’humain y apparaît parfois de manière presque végétale, pris dans des cycles, des pulsations et des rythmes qui le dépassent.

Croiser analyse et sensibilité

Héritée de son parcours scientifique, une vision « par surplomb » traverse son travail. Cette prise de distance permet de déplacer le regard, d’observer l’individu dans un ensemble plus vaste et de questionner les dynamiques invisibles qui structurent les groupes. À la frontière entre analyse et sensibilité, sa recherche vise une vérité perceptive, où matière, geste et pensée se rejoignent.

Aujourd’hui, Clothilde Lasserre développe également des projets immersifs et des collaborations interdisciplinaires, notamment dans des dispositifs de formation managériale par l’art, où la sculpture devient un outil de prise de conscience et de transformation collective. Chaque œuvre s’affirme alors comme un point d’équilibre fragile entre raison et perception, entre construction et intuition.

01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant.

« Tu vois, mon travail, c’est un peu comme si je racontais des histoires avec de la terre et des couleurs. Je regarde le monde d’en haut, comme si je montais sur une colline très haute, pour mieux comprendre comment les humains vivent ensemble, comment ils se déplacent, comment ils transforment la nature et vivent avec. Quand je fais une sculpture ou un tableau, j’imagine que je suis un oiseau qui voit les chemins, les forêts, les maisons, les gens… et tout ce qui relie les uns aux autres. J’aime montrer que nous faisons tous partie d’un grand paysage, comme des petites graines dans une immense forêt. Parfois on s’approche, parfois on s’éloigne… mais on vit toujours ensemble.

Je travaille avec mes mains, avec de la terre, du grès, de la porcelaine, et je mélange tout ça pour créer des formes qui parlent du mouvement, de la vie, de ce qui bouge dans le monde et dans le cœur des gens. Alors quand tu regardes mes sculptures, tu peux imaginer des chemins, des montagnes, des vagues, ou même une forêt qui respire. Et quand tu regardes mes tableaux, tu peux imaginer que tu voles au-dessus du monde, comme un oiseau curieux qui découvre comment tout est relié. Tu peux t’imaginer dedans et te raconter une histoire. Est-ce un bal, une cour de récréation ou une fête d’anniversaire ? Mon art, c’est une façon de dire : « Laisse ton imagination te parler et regarde le monde autrement. » »

02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste.

Je n’ai pas un moment unique ou spectaculaire qui aurait soudain changé le cours de ma vie. Pas de révélation brutale, pas de rencontre décisive. Ce qui m’a conduite à l’art est plus subtil : une conviction, patiente et tenace, de vouloir partager une vision du monde avec les moyens qui sont les miens. Peindre et sculpter se sont imposés comme un langage naturel pour exprimer ce qui m’anime profondément : la relation entre l’individu et le collectif, la manière dont nous habitons le monde, la place que nous choisissons d’y prendre. Au fil du temps, cette intuition est devenue une évidence : créer était ma façon la plus juste de transmettre des valeurs, de questionner notre cohésion, de rappeler notre responsabilité commune envers tout ce qui est vivant.

Ce souvenir n’a pas la forme d’un événement, mais celle d’un fil continu. Il m’accompagne encore aujourd’hui comme une boussole intérieure : celle qui me pousse à créer, à chercher, à comprendre, et à offrir — par la matière ou la couleur — un espace où chacun peut regarder autrement, ressentir autrement, et peut-être se repositionner dans le monde.

03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres.

Ma première toile de foule vue d’en haut, et le jour où je me suis posé la question : « Pourquoi cette vue du ciel t’obsède ? » — et que j’ai compris le fil de toutes mes créations.

tableau de Clothilde Lasserre, en interview dans Opale Art
© Clothilde Lasserre
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir.

Si mon art devait avoir un super-pouvoir, ce serait celui de réactiver le sens du lien. Encore plus aujourd’hui qu’hier, j’aimerais que mes toiles et mes sculptures rappellent la nécessité de vivre ensemble, en équilibre, dans le respect de toutes les formes de vivant. Créer, pour moi, c’est proposer un espace de respiration et de prise de conscience : montrer que l’équilibre n’est jamais acquis, qu’il se construit dans l’attention portée à l’autre, à l’environnement, aux interactions invisibles qui nous relient.

Ce choix est profondément lié aux valeurs qui me traversent : la responsabilité individuelle au sein du collectif, la fragilité des équilibres, et l’idée que l’art peut contribuer, modestement mais sincèrement, à réenchanter notre manière d’habiter le monde.

05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre.

J’aurais aimé rencontrer Francis Bacon. Sa peinture me touche par la force brute et la fragilité extrême qu’elle déploie simultanément — une tension que je ressens autant dans son œuvre que dans sa trajectoire personnelle. La visite d’une exposition en Irlande, qui présentait non seulement ses peintures mais aussi des films, des témoignages et la reconstitution de son atelier, a été déterminante. J’y ai perçu une forme d’incompréhension profonde du monde, presque douloureuse, qui s’est transformée en puissance créatrice.

Ce renversement — faire de la faille une force — m’a profondément marquée. J’aurais aimé échanger avec lui sur cette capacité à transformer la violence intérieure, le doute et la vulnérabilité en une œuvre d’une intensité rare, capable de toucher l’universel.

06/06

Si vous aviez rédigé cette interview, quelle question vous seriez-vous posée ?

Qu’est-ce qui fait de vous une artiste ? Être artiste, pour moi, ne tient ni à un parcours académique classique ni à un moment fondateur spectaculaire. Cela se construit dans une nécessité intérieure : celle de donner forme à une vision du monde et de la partager. J’ai longtemps douté de la légitimité de cette place, venant d’un autre champ, celui des sciences. Mais j’ai compris que ce déplacement faisait justement ma singularité.

Ce qui fait de moi une artiste aujourd’hui, c’est cette persévérance à créer malgré les doutes, à chercher du sens dans la matière, à interroger la place de l’individu dans un ensemble plus vaste. Chaque exposition, chaque regard posé sur mon travail, chaque échange avec le public confirme que l’œuvre devient un espace de dialogue. C’est dans cette mise en relation — entre pensée, forme et regard de l’autre — que je me reconnais pleinement comme artiste.

Tableau bleu et vert. Opale Art, le magazine d'art contemporain a interviewé Clothilde Lasserre
© Clothilde Lasserre

Clothilde Lasserre figure également dans le portfolio de notre magazine imprimé collector et est membre d’Opale Art. Nous la remercions de sa confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.