Skip to main content
Robot, Une oeuvre d'art contemporain par l'artiste Gille Monte Ruici
© Gille Monte Ruici

Né en 1963 à Nevers, Gille Monte Ruici vit et travaille en Île-de-France, à Saint-Maur-des-Fossés. Artiste autodidacte, il se consacre depuis une quinzaine d’années à la sculpture par assemblage d’éléments métalliques usagés, transformant des rebuts industriels, des ustensiles, des outils et des pièces mécaniques en robots à l’esthétique singulière. Cette pratique s’est construite naturellement, à la confluence de deux habitudes anciennes : le goût du bricolage et du « faire soi-même », et celui de la récupération d’objets trouvés dans la rue ou dénichés en brocante.

La beauté des choses abandonnées

Le travail de Gille Monte Ruici repose sur une conviction simple : ce que la société jette peut renaître autrement. Il travaille exclusivement avec des matériaux en fin de vie, marqués par la patine et l’usure, auxquels il offre une nouvelle cohérence esthétique. Sa technique est délibérément lisible : pas de soudure, uniquement des vis et des boulons, qui donnent à chaque assemblage une mécanique apparente, presque ingénieuse, où chaque composant reste identifiable. Le processus est entièrement intuitif — aucun plan préétabli, aucune esquisse préalable. Tout commence par la rencontre entre des objets aléatoires, une forme, une texture qui suggère une possibilité. Parfois la vision est immédiate, parfois une tête ou un buste attend plusieurs mois dans l’atelier avant de trouver la bonne combinaison. C’est ce dialogue constant entre le hasard et l’intention qui définit sa méthode.

Robots vintage, imaginaire de série B

La figure du robot s’est imposée naturellement, portée à la fois par la nature des matériaux métalliques et par un goût personnel pour l’imaginaire science-fiction des années 1950 — celui des films de série B américains, de silhouettes anthropomorphes aux formes anguleuses, proches d’un Robby ou d’un Géant de Fer plutôt que d’un Terminator. Ses sculptures oscillent entre la nostalgie des objets domestiques d’autrefois et un futurisme délibérément suranné. Certaines sont appareillées de lumière, ce qui leur confère une présence imposante dans la pénombre et accentue leur part de mystère. Jean Tinguely constitue pour lui une référence essentielle, non seulement pour avoir légitimé le déchet comme matériau artistique, mais pour avoir démontré la légitimité d’un art ludique, inutile, et pourtant absolument nécessaire. Chaque œuvre de Gille Monte Ruici est unique : la nature même des assemblages rend toute reproduction à l’identique impossible.

01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant.

Je lui dirai simplement que moi-même je suis un grand enfant qui s’amuse à créer ses propres jouets avec des déchets destinés à la poubelle. Pour comprendre le processus, je l’inciterai à réaliser par lui-même. Je lui expliquerai que pour créer un robot, il dispose certainement de tous les éléments chez lui, dans la cave, au grenier ou dans la cuisine. Une fois tous ces matériels usagés identifiés, on peut facilement leur redonner une nouvelle vie plutôt que de s’en débarrasser à la déchetterie ou aux encombrants. Pour lui donner confiance, je lui dirai que c’est vraiment à sa portée : il suffit d’une perceuse, quelques vis et boulons pour assembler son premier personnage. Nul besoin d’un savoir-faire particulier, juste de l’imagination et du plaisir à créer par soi-même.

Enfin je conclurai par « Bien sûr que tu peux le faire, vas-y, amuse-toi. »

02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste.

Je n’identifie pas un moment spécifique de bascule mais davantage une transition progressive. J’ai toujours pratiqué le « Do it yourself ». Constamment je récupérais et détournais des objets. Le métal s’est rapidement imposé comme matière de prédilection car aisé à trouver. C’est une incroyable ressource avec des propriétés particulières selon les besoins, souple, résistant, ajustable. Seconde évidence naturellement apparue, l’alliance parfaite du métal avec la robotique « brutaliste » dans un imaginaire vintage de film de série B. Il s’agit d’une matière marquée par une jolie patine, facile à assembler et véhiculant une certaine nostalgie. Quelquefois les pièces sont reprises intégralement sans adaptation, tandis que d’autres éléments nécessitent d’être désossés, décapés, ajustés, limés, percés.

Mon « moteur » créatif s’alimente de ces découvertes de pièces insolites, pour certaines improbables à priori à reconvertir. Puis, une fois l’ébauche envisagée, vient la fusion entre elles avec des processus d’assemblage souvent différents. Ils nécessitent régulièrement de nouvelles façons de faire et des techniques innovantes, à l’opposé d’une activité standardisée. Toutes ces variations et manipulations très tactiles procurent au final une sorte d’afflux de dopamine créative extrêmement gratifiante.

03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres.

Ce serait ce robot dénommé « N°4 », car au-delà d’une attache sentimentale liée à sa ligne épurée, il symbolise de manière assez synthétique mon travail. Allure carrée, froide, métallique et symétrique. Association majoritaire de deux couleurs puissantes, gris et noir, contrastée par un point central lumineux qui lui confère une présence fascinante dans la pénombre. C’est évidemment un assemblage d’éléments hétéroclites : un ancien phare ajusté sur une boîte à glissière, entouré d’un pignon de bicyclette. Deux clés à molette font office de bras, tandis que la tête est composée d’un petit boîtier de PC habillé d’une râpe et de deux pots en verre cosmétiques inversés. Les pieds sont deux supports issus d’anciennes pédales wah-wah. Assemblé en 2016, il a été retouché depuis avec l’adjonction de petits éléments. Souvent je revisite certains robots pour améliorer leur allure. N°4 est aujourd’hui une œuvre témoin, caractéristique de ma démarche.

Robot, Une oeuvre d'art contemporain par l'artiste Gille Monte Ruici
© Gille Monte Ruici
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir.

Sans prétention, je pense pouvoir affirmer que mes œuvres diffusent déjà un petit pouvoir, celui de provoquer des sourires et des amusements chez les visiteurs et, pour les plus anciens, des souvenirs. Je présume que ce petit pouvoir est une parenthèse de légèreté et de futilité, en offrant un pas de côté, un déplacement de regard.

J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises d’exposer et d’intervenir en médiathèques. Les scolaires sont un public privilégié pour ces personnages de mondes imaginaires, surtout si des histoires fantastiques y sont raccrochées. Au-delà des enfants, les robots interpellent un public transgénérationnel. Ce dernier, captivé et intrigué, cherche généralement à identifier et à déterminer la nature des composants individuels qui ont permis l’assemblage : ici des patins à roulettes, là un grille-pain… en s’étonnant toujours du résultat final. C’est à chaque fois une immense satisfaction que de rencontrer son public et de pouvoir partager sur ce processus qui, à partir de rebuts, permet de donner une valeur à ce qui en a été privé.

05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre.

Nom de Zeus Marty ! S’il était possible d’utiliser une machine à remonter le temps, ce serait pour se projeter dans un vaste atelier avec une partie du collectif des Nouveaux Réalistes des années 60. La communauté serait installée dans un vieil hangar d’architecture industrielle type Eiffel. Une partie des lieux serait dédiée à César qui réaliserait, dans un fracas assourdissant, des compressions de carcasses de voitures. Des coups de feu sporadiques accentueraient ce brouhaha, car Niki de Saint Phalle, à proximité, tirerait à la carabine sur des poches de peinture. Des effluves s’échapperaient d’un « laboratoire » dans lequel Klein travaillerait sur les mélanges de pigments bleu monochrome. Des centaines de mètres carrés seraient monopolisés par Arman, stockant des monticules de pièces disparates vouées à devenir des accumulations, tandis que Spoerri s’appliquerait à fixer ses tables de déjeuner à la verticale.

Dans cet endroit féerique et bruyant, je m’imagine modeste apprenti de Tinguely, intervenant sur des constructions de vastes anti-machines grinçantes, sonores, avec des pièces de bric et de broc. Machines strictement inutiles et donc absolument essentielles !

06/06

Si vous aviez rédigé cette interview, quelle question vous seriez-vous posée ?

Pourquoi cette idée fixe du robot, ne seriez-vous pas un monomaniaque obsessionnel, est-ce grave Docteur ?

Les robots, sous différentes formes, sont omniprésents dans tous les domaines de notre société, et ils sont appelés à envahir encore davantage notre quotidien pour nous assister. Ceux que je crée, esthétiquement proches des séries B américaines des années 50, peuvent apparaître comme leurs très lointains ancêtres, car ils sont totalement statiques, sans aucune capacité de mobilité ou d’interactions. Mes personnages sont généralement de forme anthropomorphique. S’il fallait déterminer des inspirations cinématographiques, d’aspect plutôt pacifique, leur apparence semble plus proche d’un Robby ou d’un Géant de Fer que d’un belliqueux Terminator.

À ce jour cela reste donc à la fois un amalgame de mystère, de force, mais aussi d’esthétisme et de poésie. Avez-vous remarqué que la majeure partie de mes robots ne disposent pas de bouche ? Comment cela doit-il être interprété ? Cela fera peut-être l’objet d’une prochaine question !

Robot, Une oeuvre d'art contemporain par l'artiste Gille Monte Ruici
© Gille Monte Ruici

Gille Monte Ruici est membre d’Opale Art et nous le remercions de sa confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.