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EXPOSITION — OPALE ART PRIZE

MOON RIVER

There’s such a lot of world to see…
Moon River

À propos

LE FILM

The Late Marilyn

Natacha THOMAS

France

The Late Marilyn ouvre l’exposition sur une femme que son époque a réduite à une image. Réalisatrice et productrice, Natacha Thomas revient sur les derniers jours de Marilyn Monroe en scindant la figure en deux : celle que l’on voit, fabriquée pour le désir des autres, et celle que l’on entend, qui doute et vacille. Le film rend audible ce que personne n’a voulu écouter de son vivant, et dont la mort a fait un choc. Soixante ans plus tard, les injonctions faites aux femmes et le silence entourant la détresse psychique restent des questions ouvertes.

Réalisation : Natacha Thomas

L'EXPO

Cathy Yardin

France

Autrice et plasticienne, Cathy Yardin pratique le collage analogique comme un geste à contre-courant : dans un monde saturé d’images numériques, découper et déchirer les pages d’un livre ou d’une revue redevient un acte. La cascade originelle assemble trois éléments — l’atome comme étincelle, la lune comme horizon ou comme mirage, le livre comme mémoire. Ce qui crée le monde et ce qui le consigne s’y répondent, jusqu’à refermer la boucle. L’œuvre fait de l’art un outil de rémanence, attentif à ce que l’humanité laisse derrière elle et à ce qu’elle choisit d’en garder.

La cascade originelle (2026)

Chloé Lorenzini

France

Artiste plasticienne formée au design textile, Chloé Lorenzini développe depuis plus de vingt-cinq ans des biologies imaginaires où se croisent formes anatomiques, végétales et marines. À bout de souffle appartient à la série (Ex)Timités : une prolifération d’alvéoles et de réseaux respiratoires, entre récifs microscopiques et poumons. L’essoufflement qu’elle suggère est à la fois intime et collectif, celui d’un organisme confronté aux transformations du monde. Entre étouffement et régénération, la profusion organique devient signe d’alerte autant que promesse de métamorphose.

À bout de souffle (2026)

Mathilde Thiennot

France

Mathilde Thiennot travaille les matières brutes et minérales issues des environnements urbains et naturels. Par le moulage, l’empreinte et l’assemblage, elle interroge la transformation des paysages et l’effacement progressif du vivant. Cette sculpture juxtapose deux matériaux que tout oppose : le ciment, celui de la ville et de ses constructions, et la terre, dont la ville procède pourtant. L’artiste ne se contente pas de mettre en évidence leur dualité, elle donne à voir l’équilibre plus que fragile dans lequel ces deux mondes coexistent aujourd’hui.

Sans titre (2024)

Liberty

France

Artiste plasticienne autodidacte, Liberty pratique le cyanotype sur des supports déjà chargés d’histoire — papiers anciens, tissus, bois, briques — et intervient ensuite sur l’image par la broderie ou la feuille d’or. Dans Mémoire d’arbre, elle transpose des images de forêts sur des rondins dont les cernes et les fissures racontent une croissance lente, interrompue. Des oiseaux en feuille d’or viennent contraster avec le bleu du procédé et la matière brute du bois. L’artiste cherche moins à dénoncer la déforestation qu’à faire ressentir la fragilité de ce qui demeure, et le temps qu’il aura fallu pour le faire grandir.

Mémoire d’arbre (2026)

Sapo

France

Artiste peintre basée à Marseille, Sapo croise la peinture à l’huile et l’acrylique dans une imagerie figurative où le vivant reprend ses droits et où la technologie montre ses failles. Dans Red or blue pill, le visage du personnage s’efface derrière un écran de télévision en train de s’éteindre, au moment précis où l’emprise des flux numériques cesse. L’artiste laisse ensuite le choix au regardeur : rallumer l’écran et retrouver le confort de l’illusion, ou en sortir pour affronter le réel. La toile interroge ce que cette saturation permanente fait à notre santé mentale, et ce qu’il faudrait pour s’en émanciper.

Red or blue pill (2026)

Violaine Desportes

France

Agrégée d’arts plastiques et enseignante à Roubaix, Violaine Desportes développe une pratique du dessin distinguée en 2022 par le prix Pierre David-Weill. La série Porn représente des poches plastique de poubelles urbaines, objet que l’on croise partout et que l’on ne regarde jamais. Ce dispositif d’une extrême légèreté, une armature et un sac, signale pour l’artiste combien nous nous sommes habitués à vivre parmi nos déchets. Aussi citoyenne que nous le sommes, cette poche garde un œil vigilant sur ce que nous produisons et sur ce dont nous nous débarrassons.

Porn (2024-2025)

Béatrice Meunier-Déry

France

Artiste plasticienne, Béatrice Meunier-Déry mène des recherches éco-poétiques autour de la nature et de l’habitat, souvent conduites avec des scientifiques. Réserves naturelles est une série de petites cabanes perchées qui évoquent des postes d’observation d’ornithologues ou des chalets de vacances. À l’intérieur, la lumière filtre par des fenêtres de toit pour permettre la photosynthèse de plantes en plastique qui affichent leur artificialité. L’artiste met en cause l’idée que protéger des parcelles suffirait encore, à l’heure où le dérèglement climatique rend ces parades obsolètes.

Réserves naturelles (2025)

Laurent Mayeux

France

Photographe auteur installé à Dunkerque, Laurent Mayeux questionne les espaces géographiques et les communautés qui subissent des transformations. Sa série Horizons explore un paradoxe propre au rivage, territoire qui change en permanence tout en demeurant un paysage immuable. L’image présentée donne à voir la ligne de l’horizon maritime, qui recule à mesure que l’on tente de s’en approcher. Cette chimère invite à rester humble face au monde et à reconsidérer la place que nous y occupons.

Tous les matins du monde (2025)

Giuseppe Arnone

Belgique / France

Artiste belgo-italien né en 2000, Giuseppe Arnone développe une pratique consacrée à la diversité des genres, à la construction des identités et à la représentation queer. Élevé dans une famille sicilienne traditionnelle, il a fait de sa pratique un espace d’expression et d’émancipation, et son travail met en cause les catégories binaires au profit de la multiplicité. Beyond the Binary s’inscrit dans cette recherche, à la croisée de l’esthétique et de l’engagement. L’artiste y ouvre un espace de visibilité et propose une autre manière d’envisager l’avenir commun.

Beyond the binary (2026)

Sébastien Hildebrand

France

Artiste et enseignant en arts numériques, formé aux Beaux-Arts de Tourcoing puis au Fresnoy, Sébastien Hildebrand interroge le rapport entre l’homme et la machine dans la fabrication des images. Ce diptyque associe deux puzzles ronds, la Terre et la Lune, rehaussés chacun d’un mot sérigraphié en leur centre. La Terre a besoin de la Lune pour survivre, son attraction gouvernant les marées et stabilisant l’axe de rotation terrestre. La Lune, elle, brille et reçoit nos récits, nos désirs d’ailleurs, notre fantasme d’un autre monde. Entre la nécessité et le rêve, l’œuvre demande comment continuer à rêver d’ailleurs sans cesser de prendre soin de l’ici.

Survivre / Briller (2021 & 2024)

Linda Männel

Allemagne

Linda Männel travaille le fil comme une extension de l’image. Cette œuvre représente un paysage de jungle tropicale dont les fils s’échappent, descendant vers le sol depuis les feuilles peintes, et dont les verts viennent recouvrir le noir de l’encre initiale. L’œuvre naît d’une résidence menée près de Tulum, une région depuis transformée par l’installation de résidents étrangers et d’un mode de vie de luxe qui pèse sur la population locale comme sur le milieu naturel. Contre cette emprise, la matière vivante finit par reprendre la main et occuper l’espace alentour, à la manière de la végétation du Yucatán.

Yucatán II (2023)

Jean-Louis Conti

France

Jean-Louis Conti a pratiqué tour à tour la photographie, la peinture, la sculpture, l’illustration, le lettrisme et le collage, et se définit lui-même comme un artiste omnivart. Les îles du ciel met en scène des univers graphiques en lévitation, où une vie aérienne rejoint des mondes subaquatiques et où interviennent des broderies de fil de coton. La rigueur des lignes noires s’y oppose aux coulures de couleur. De ce contraste, l’artiste fait l’image du paradoxe qui traverse notre monde actuel, et un espace où un avenir meilleur peut encore s’imaginer.

Les îles du ciel #3 (2022)

Virginie Gallois

France

Virginie Gallois explore les abysses, monde méconnu et déjà menacé, dont elle tire un peuple d’êtres marins nés de l’observation et de l’inquiétude. Révolution est une peinture d’un bleu profond où une spirale en relief, composée d’écailles de poissons, attire le regard vers son centre. Le motif reprend les filets de bulles que certaines baleines fabriquent pour piéger leurs proies avant de les avaler. Fascinante et dangereuse, la spirale devient l’image d’un engrenage dont il faudrait d’abord reconnaître le piège pour espérer en modifier la trajectoire.

Révolution (2025)

Kjell Robberecht

Belgique

Dans sa série Einzelgänger, Kjell Robberecht explore la solitude humaine et les sentiments d’isolement et d’aliénation, à travers des figures masquées dont les déguisements figurent les couches cachées de la vie intérieure. De Hand montre un enfant dont le visage est entièrement couvert par une main qui paraît détachée du corps et devient un masque autonome. Ce geste abrite autant qu’il enferme, et l’enfant se tient sur ce seuil, entre l’anonymat que l’on choisit et l’isolement que l’on subit. Le soin que nous devons au monde vaut aussi pour les esprits, et cette exigence-là commence dès l’enfance.

De hand (2025)

Albina Cherenok

Ukraine / France

Marquée par la rupture qu’a provoquée le conflit en Ukraine, Albina Cherenok travaille par surimpression photographique et double exposition. Elle superpose des portraits intimes à l’immensité du paysage, des champs de tournesols aux cicatrices laissées par la guerre, pour rendre visible la mémoire qui habite les corps. Dans Harmonie, une silhouette féminine se fond dans un paysage crépusculaire. L’artiste y aborde la vulnérabilité non comme une faiblesse mais comme le point de départ de notre reconstruction, où le contact avec la terre et la nature devient une manière de traverser les épreuves.

Harmonie (2024)

Jaco Putker

Pays-Bas

Diplômé en sculpture de l’Académie royale des beaux-arts de La Haye, Jaco Putker s’est ensuite tourné vers la gravure, associant photopolymère et techniques d’impression traditionnelles dans des tirages monochromes nourris de surréalisme. Cette œuvre de la série The Grounds évoque les terrains de jeux et les jardins clos. Ici, le sol est fait de rochers flottant librement dans les airs, reliés par des cordes. Sur le dernier, un enfant arrose un arbre qui pousse à même la pierre. Nous y voyons une manière d’habiter le monde malgré tout, et la persistance d’un geste de soin là où plus rien ne tient.

The Ground (2026)

Serron Green

États-Unis

Élevé à Newark pendant le Black Power Movement et formé à la scène graffiti des années 1980, Serron Green construit un langage visuel où l’art de rue rejoint le récit historique. Peek-A-Boo #7 appartient à la série Young Leroi, hommage à l’écrivain Amiri Baraka, figure de la libération noire américaine et enfant de Newark comme lui. L’artiste travaille à partir d’une image d’archive de 1965, où le regard calme et brûlant du jeune homme rappelle celui que Serron Green a vu sur les photographies de ses parents. Une mémoire qu’on a laissée s’effacer, mais dont les combats restent les nôtres.

Peek-A-Boo #7 (2025)

Rossella Piccinno

Italie / France

Rossella Piccinno interroge les identités culturelles à travers une pratique ethnographique où l’image devient un outil capable de briser les stéréotypes ou de traverser un deuil. L’image présentée appartient à une série qui compose le cahier de voyage d’une épouse imaginaire, échappée avant la cérémonie, partie dans le désert à la manière de Lilith, première femme de l’Éden à avoir refusé la soumission. Le titre renverse l’expression « enterrement de vie de jeune fille » : ce n’est plus la jeune fille qui disparaît pour laisser place à l’épouse. Ici reste une femme qui se défait des rôles assignés pour reprendre possession de son propre récit.

Voyage de la mariée et enterrement (2021)

Jan Kubisa

Pologne

Dans le travail de Jan Kubisa, les structures relationnelles qui façonnent le lien et la présence humaine sont centrales. Cette œuvre montre deux filles sur une clôture, seul élément construit de main d’homme dans une prairie où tout le reste relève de la nature. Cette barrière est celle des normes sociales et des rôles de genre, qui n’ont rien de naturel. La plus jeune, vêtue de clair, correspond encore à ce que l’on attend d’elle ; l’aînée, habillée de sombre et de façon dite plus masculine, est déjà de l’autre côté. L’œuvre nous rappelle que les barrières ne tiennent que si quelqu’un est là pour les entretenir.

Crossing the Line / Two Girls on the Fence (2025)

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