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© Patrick Zelis

 

Bonjour Patrick, pouvez-vous nous parler du parcours artistique qui vous a mené vers la photographie?

Le dessin et la peinture ont été très présents dans mon enfance. La photographie est arrivée plus tard, à une période où je disposais de moins de temps pour pratiquer le dessin, mais où je voyageais davantage. J’ai alors commencé à photographier de plus en plus, d’abord de manière intuitive, puis avec une démarche plus réfléchie. Ce qui m’a rapidement séduit, c’est le plaisir de constater mes progrès et la richesse des échanges avec d’autres photographes, notamment à travers des ateliers et des rencontres. Ces discussions ont nourri mon regard, tout comme la découverte d’artistes qui m’ont profondément marqué, tels que Franco Fontana ou Harry Gruyaert. Au fil du temps, la photographie s’est imposée comme le moyen d’expression le plus naturel pour exprimer ma sensibilité et ma vision du monde. Pour autant, je reste très influencé par la peinture, et en particulier par l’impressionnisme. Cette influence se retrouve dans mon attention à la lumière, aux couleurs et aux ambiances.

Plus récemment, j’ai découvert le travail de photographes comme Étienne Francey et Benjamin Bertin. Leurs images se situent à mi-chemin entre la photographie et la peinture : elles dépassent la simple représentation du réel pour privilégier les atmosphères, les couleurs et les sensations. Cette approche, où le regard du photographe transforme le sujet en une expérience visuelle presque picturale, rejoint particulièrement ma propre démarche.

Photographie contemporaine par Patrick Zelis dans Opale Art Magazine Contemporain
© Patrick Zelis

 

Et y a-t-il eu un moment particulier qui a influencé votre pratique?

Oui, le moment décisif de ma vie qui a profondément influencé mon art a été un voyage en Andalousie, où j’ai découvert les célèbres villages blancs. Ces villages, avec leurs formes géométriques simples et la lumière intense qui baignait chaque bâtiment, ont révélé une sensibilité que je ne soupçonnais pas en moi. C’est là-bas que j’ai réalisé une des premières images dont je sois réellement fier. Elle représente une maison avec des façades immaculées, des ombres douces et des lignes simples qui créent un équilibre graphique. Ce voyage a changé ma manière de regarder le monde, en m’incitant à transformer les espaces quotidiens en paysages graphiques et presque abstraits. C’est à ce moment-là que j’ai senti naître mon style : l’attention portée aux formes, aux textures, aux contrastes de lumière et aux compositions.

 

Votre travail semble habité par une volonté de simplifier le réel, jusqu’à frôler parfois l’abstraction. Quel est votre objectif?

Je m’intéresse particulièrement à l’espace urbain, non pas pour le documenter, mais pour en révéler une dimension plus poétique. À travers les jeux d’ombre, de lumière, de formes et de textures, je cherche à transformer l’ordinaire en quelque chose d’inattendu, à mettre en évidence une beauté discrète que l’on ne remarque plus dans notre quotidien. Je ne pense pas qu’une photographie doive nécessairement raconter une histoire au sens narratif du terme. Une image peut être forte simplement par son impact visuel, son pouvoir d’évocation ou les émotions qu’elle suscite. Mon objectif n’est pas de transmettre un message précis, mais d’inviter le spectateur à ressentir quelque chose et à porter un regard différent sur ce qui l’entoure.

Photographie contemporaine par Patrick Zelis dans Opale Art Magazine Contemporain
© Patrick Zelis

 

Pourtant, parfois, dans ce travail épuré, apparaît un personnage qui produit un effet de rupture immédiat. Quel rôle jouent ces figures humaines dans vos compositions?

La présence humaine est relativement rare dans mon travail. La plupart du temps, je préfère que l’image repose uniquement sur les formes, les lignes et la lumière. Cependant, il arrive qu’une photographie semble incomplète sans un personnage. Dans ce cas, celui-ci devient un élément essentiel de la composition et doit apparaître exactement au bon endroit. Ces figures apportent souvent une dimension supplémentaire à l’image : une sensation de solitude, une échelle permettant de mieux percevoir l’espace, ou parfois une touche d’humour. Leur présence introduit aussi une part d’imprévu et demande davantage de patience, car il faut attendre le moment juste pour que tous les éléments s’accordent.

Photographie contemporaine par Patrick Zelis dans Opale Art Magazine Contemporain
© Patrick Zelis

 

Pourriez-vous expliquer votre processus à quelqu’un qui ne connaîtrait pas votre métier?

Concrètement, lors de mes déplacements en Belgique, je repère des lieux présentant un potentiel graphique intéressant et je les répertorie dans mon téléphone. Lorsque j’en ai l’occasion, je retourne sur place pour photographier, généralement sous une lumière ensoleillée de fin d’après-midi. C’est à ces moments-là que les choses les plus ordinaires deviennent magiques. Avec mon appareil photo, je joue un peu comme avec un puzzle : j’assemble les formes, les lignes et les couleurs pour créer des images très simples, presque comme des dessins ou de la peinture. Je réalise également de nombreuses images lors de voyages dans le sud de l’Europe. Ensuite, j’effectue une sélection très rigoureuse et je construis des séries sur plusieurs années, en associant des photographies prises à différentes périodes et dans différents lieux.

Photographie contemporaine par Patrick Zelis dans Opale Art Magazine Contemporain
© Patrick Zelis

 

Si votre art avait un super-pouvoir, lequel aimeriez-vous qu’il soit et pourquoi?

Si mon art avait un super-pouvoir, ce serait celui de révéler l’invisible, de rendre perceptible ce que l’on ne remarque jamais dans notre quotidien. J’aimerais que mes images permettent de transformer l’ordinaire en extraordinaire, de montrer la beauté cachée des formes, des textures et des lumières dans nos espaces urbains souvent saturés et chaotiques. Ce choix reflète profondément ma démarche personnelle et mes valeurs : il s’agit d’offrir un regard attentif, curieux et poétique sur le monde qui nous entoure, de créer des images qui invitent à ralentir, à observer et à redécouvrir ce que nous croyons connaître. C’est une manière de questionner notre perception de la réalité et de proposer un instant de contemplation, presque méditatif, dans un monde souvent pressé et superficiel.

 

Vous nous avez parlé tout à l’heure de photographes qui vous inspirent. Mais au-delà, si vous aviez pu rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre, qui serait-ce?

Si j’avais pu rencontrer un artiste, ce serait Vincent van Gogh. C’est mon premier coup de cœur artistique, découvert vers l’âge de dix ans. Il reste associé à des souvenirs heureux de ma jeunesse et à de nombreuses vacances passées dans sa région d’Arles. J’admire son style unique et sa manière d’utiliser la couleur pour transformer le quotidien en émotions vibrantes.

Photographie contemporaine par Patrick Zelis dans Opale Art Magazine Contemporain
© Patrick Zelis

 

Vous avez postulé à l’appel aux artistes d’Opale Art, pouvez-vous nous partager vos impressions sur notre association?

Je trouve formidable qu’une initiative comme Opale Art existe. L’art contemporain peut parfois sembler difficile d’accès pour une partie du public, et des projets comme celui-ci jouent un rôle essentiel en créant des passerelles entre les artistes et le public. J’apprécie particulièrement la diversité des formats proposés — magazine, expositions, outils de médiation — qui permettent de découvrir les œuvres sous différents angles. J’aime notamment le fait qu’Opale Art propose un magazine papier. À une époque où les images sont majoritairement consommées sur écran, je reste convaincu que la photographie se découvre et s’apprécie différemment sur papier. Le rapport à l’image est plus calme, plus attentif ; on prend davantage le temps d’observer les détails, les couleurs et les compositions. Pour moi, le support imprimé offre une expérience plus riche et plus fidèle à l’intention du photographe.

Cette volonté de rendre l’art plus accessible, plus vivant et plus proche du quotidien me paraît aujourd’hui indispensable. C’est un travail précieux, autant pour les artistes que pour le public.

 

Merci Patrick ! Pour conclure, pourriez-vous nous parler de vos projets?

J’aimerais travailler avec la nature, plutôt qu’avec le construit, tout en explorant le flou, mais sans jamais perdre mon style graphique et minimaliste. Je souhaite créer des images où les formes, la lumière et les textures dialoguent avec les éléments naturels de manière poétique et subtile. J’aimerais également explorer le collage, en le combinant avec la photographie. Ces projets sont pour moi l’occasion d’élargir mon regard sur le monde et de continuer à transformer la réalité en compositions épurées, presque abstraites, tout en laissant transparaître une part d’émotion et de mouvement. C’est un défi passionnant qui me pousse à expérimenter de nouvelles techniques et à redéfinir mes limites, tout en restant fidèle à l’essence de mon travail.

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