Skip to main content
Connaissez-vous Miffy ? Ce lapin blanc créé par le Néerlandais Dick Bruna en 1955 a été exposé au Centre Pompidou et au Rijksmuseum — bien avant de devenir l’ambassadrice de Vermeer. © Miffy Museum

Une exposition exceptionnelle

Le Mauritshuis de La Haye prête La Jeune Fille à la perle dans des circonstances hautement exceptionnelles seulement — et c’est précisément ce qui rend l’exposition d’Osaka singulière. Du 21 août au 27 septembre 2026, l’œuvre sera présentée au Nakanoshima Museum of Art, à la faveur d’une fenêtre rarissime : la fermeture temporaire du Mauritshuis pour travaux de rénovation. La directrice générale du musée, Martine Gosselink, a elle-même évoqué la possibilité que ce soit « peut-être la dernière fois » que l’œuvre fragile voyagerait.

Il s’agit du premier passage de l’œuvre au Japon depuis plus de quatorze ans. Lors de son dernier séjour, en 2012-2013, elle avait attiré 1,2 million de visiteurs à Tokyo et à Kobe. L’exposition de cet été se tiendra exclusivement à Osaka, sans tournée nationale prévue. L’entrée nécessitera un billet daté et horodaté, à réserver en amont. Pour les amateurs d’art qui envisagent le déplacement, les délais seront courts : cinq semaines seulement.

La Jeune Fille à la perle, Johannes Vermeer, vers 1665. Huile sur toile, 44,5 × 39 cm.  Prêtée dans des circonstances exceptionnelles au Nakanoshima Museum of Art d’Osaka du 21 août au 27 septembre 2026. © Mauritshuis, La Haye

Miffy, un lapin devenu symbole

Miffy, le personnage créé par Dick Bruna en 1955, a été nommée ambassadrice officielle de l’exposition. Partageant ses racines néerlandaises avec Vermeer, cette collaboration s’impose comme une évidence. Elle se matérialise notamment par une série de produits dérivés : un lapin en peluche coiffé d’un turban bleu, vêtu d’une robe jaune et arborant une perle — réplique miniature, en somme, de la jeune fille peinte par Vermeer vers 1665.

Mais réduire Miffy à un produit dérivé serait une erreur de lecture. Dick Bruna — né à Utrecht en 1927, mort en 2017 — n’est pas simplement l’auteur d’une série pour enfants. Son œuvre a été reconnue comme telle par les institutions les plus exigeantes : une première rétrospective au Centre Pompidou de Paris dès 1991, puis des expositions au Museum Boijmans van Beuningen de Rotterdam, au Centraal Museum d’Utrecht — qui conserve aujourd’hui plus de six mille œuvres originales et a reconstitué son studio dans son intégralité — et enfin, en 2015, au Rijksmuseum d’Amsterdam, qui lui a consacré une exposition dans un contexte art-historique international, aux côtés de Matisse, Léger et des représentants du mouvement De Stijl. Ce n’est pas le parcours d’un illustrateur pour enfants. C’est celui d’un artiste entré dans le patrimoine populaire.

© Miffy Museum

Une démarche pas si insolite

La convergence entre Vermeer et Bruna repose sur des affinités formelles et sensibles documentées. Tous deux étaient fascinés par les histoires intimes et quotidiennes, centrées sur une activité unique, souvent domestique. Et tous deux partageaient un attachement particulier au bleu — obtenu chez Vermeer à partir de lapis-lazuli, pigment rare et coûteux, structurant chez Bruna les aplats de couleur avec la même économie, le même poids.

Bruna décrivait sa méthode comme une réduction de chaque forme à son essence absolue : pas une ligne superflue. La formation de Bruna s’est construite dans le dialogue avec les avant-gardes — les contrastes francs et les couleurs pures renvoient à l’influence fauviste de Matisse, la rigueur du trait aux principes modernistes de Léger. Ce n’est pas un dessinateur qui a simplifié la réalité par nécessité. C’est un artiste qui a choisi la forme la plus dépouillée comme aboutissement d’une pensée plastique exigeante.

Taco Dibbits, directeur du Rijksmuseum, l’a inscrit sans ambiguïté dans la tradition picturale néerlandaise : « Bruna perpétue une tradition que nous appelons la klare lijn — la ligne claire, la simplicité. On peut voir en lui le prolongement d’une lignée qui va de Pieter Saenredam à Vermeer en passant par Mondrian. » Une phrase qui, à elle seule, éclaire le sens de cette collaboration.

Miffy s’était déjà glissée dans la peau de la Laitière. Le Rijksmuseum commercialise depuis plusieurs années des poupées tricotées représentant le lapin de Bruna dans les poses des grands maîtres néerlandais.  © JustDutch