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Shingo Yoshida, Reversi, 2025 – L'Écologie des relations, Frac Sud, Marseille
Reversi, 2025, vidéo couleur avec son, 12 min © Shingo Yoshida

L’Écologie des relations – La Forêt amante de la mer, dont le titre est emprunté à la fable écologique de l’ostréiculteur et militant japonais Shigeatsu Hatakeyama (1943–2025), réunit jusqu’au 15 novembre 2026 dix artistes de générations différentes : Keita Mori, Yoko Ono, Lieko Shiga, Mieko Shiomi, Atsuko Tanaka, Hideki Umezawa, Chikako Yamashiro, Shingo Yoshida, Gōzō Yoshimasu et Hiroshi Yoshimura. Commissionnée par Élodie Royer, commissaire indépendante dont les recherches se concentrent depuis 2011 sur les interactions entre art japonais et environnement, l’exposition prend place dans les espaces du Frac Sud – Cité de l’art contemporain, à Marseille, dans l’architecture de Kengo Kuma, dont les lignes entrent elles-mêmes en dialogue avec la scénographie.

 

Un dialogue entre avant-gardes et présent

Le point de départ est historique et précis : la triple catastrophe du 11 mars 2011 — séisme, tsunami et accident nucléaire de Fukushima. L’exposition ne traite pas cet événement comme un simple contexte : elle en fait le nœud d’une réflexion sur les liens qui nous unissent à nos milieux de vie, et sur ce que l’art peut faire de ces liens quand ils sont menacés, abîmés ou à reconstruire. Pour cela, elle met en regard des œuvres directement nées dans ce contexte post-2011 avec des pratiques des années 1970, issues de plusieurs mouvements d’avant-garde japonais — Gutaï, Fluxus, musique expérimentale — portées par la même conscience aiguë des transformations du monde.

Atsuko Tanaka (1932–2005), figure centrale du mouvement Gutaï, est représentée par sa peinture 87 D (1987), où des cercles colorés figurant des ampoules sont reliés par des filaments expressionnistes : une manière de rendre visible l’entrée de la société industrielle dans les formes de l’art. Mieko Shiomi, compositrice et poétesse proche du courant Fluxus, présente Events and Games (1964), série de cartons d’instructions à exécuter librement, mettant en jeu l’eau, l’air, la lumière — soit une pratique qui invite à percevoir autrement notre environnement immédiat. Hiroshi Yoshimura (1940–2003), pionnier de la musique ambient au Japon, est quant à lui présent à travers quatre enregistrements emblématiques, dont Music For Nine Post Cards, conçu en écho aux fenêtres d’un musée tokyoïte — comme si l’on cherchait à «attraper les vagues de paysages par la fenêtre en tentant de ressentir la forme de leur son».

Chikako Yamashiro, Sinking Voices Red Breath, 2010 – L'Écologie des relations, Frac Sud, Marseille
Sinking Voices, Red Breath, 2010, installation vidéo couleur avec son, 7 min © Chikako Yamashiro – Courtesy de l’artiste et Yumiko Chiba Associates, Tokyo

 

Après Fukushima : retisser les liens

Parmi les artistes dont le travail s’est directement construit dans le sillage de 2011, Lieko Shiga occupe une place centrale. Installée depuis 2008 dans la préfecture de Fukushima, elle présente un ensemble de photographies de la série Rasen Kaigan (Rivage en spirale) (2008–2012), réalisées avant et après la catastrophe, ainsi qu’une installation vidéo, When the Wind Blows (2023–2025), consacrée au processus de reconstruction. Ses images, composées sans retouche numérique à partir de récits locaux et de mémoires ancestrales, travaillent ce qu’elle nomme l’«éternel présent» : un espace où différentes temporalités coexistent, visible et invisible confondus.

Vue de l’exposition "L’Écologie des relations - La Forêt amante de la mer" au Frac Sud - Cité de l’art contemporain, Marseille, 2026 © Chikako Yamashiro — Courtesy de l’artiste et Yumiko Chiba Associates, Tokyo — Photo : Marc Domage
Vue de l’exposition « L’Écologie des relations – La Forêt amante de la mer » au Frac Sud – Cité de l’art contemporain, Marseille, 2026 © Chikako Yamashiro — Courtesy de l’artiste et Yumiko Chiba Associates, Tokyo — Photo : Marc Domage

Gōzō Yoshimasu, poète, artiste et cinéaste, présente la série Dear Monster (2014), poèmes visuels réalisés à la main chaque jour après la catastrophe, dans lesquels l’écriture japonaise se transforme pour tenter d’incorporer la tragédie et de créer de nouveaux espaces de sens. Hideki Umezawa, artiste et compositeur, apporte quant à lui deux projets distincts : Transparent Deposit, mené depuis 2016 autour d’un lac pollué par des retombées radioactives au Japon, et Gazing at Traces in Each Place, débuté en France en 2023 à partir du concept de «jardin planétaire» du paysagiste Gilles Clément, notamment mis en pratique dans le Domaine du Rayol, dans le Var. Ces deux travaux — l’un au cœur d’un lieu contaminé, l’autre dans un espace pensé comme lieu de coexistence entre formes du vivant — sont présentés en vis-à-vis, dans une tension qui structure le propos de l’ensemble.

Lieko Shiga, Candy Castle No. 28, 2012 – L'Écologie des relations, Frac Sud, Marseille
Haruna Lake #2, 2021, photographie couleur, 119 x 84 cm © Hideki Umezawa

 

Des géographies précises

L’exposition ne se limite pas aux territoires directement frappés par Fukushima. Chikako Yamashiro, artiste et cinéaste née à Okinawa, y déploie deux œuvres qui s’ancrent dans l’histoire complexe de cet archipel, annexé par le Japon à la fin du XIXe siècle et marqué depuis la Seconde Guerre mondiale par la présence de bases militaires américaines. Ses films — Sinking Voices, Red Breath (2010) et Mud Man (2017) — portent la mémoire d’une communauté qui cherche à préserver une terre durablement affectée par les conséquences écologiques et sociales de son histoire.

Vue de l’exposition "L’Écologie des relations - La Forêt amante de la mer" au Frac Sud - Cité de l’art contemporain, Marseille, 2026 © Hideki Umezawa — Photo : Marc Domage
Vue de l’exposition « L’Écologie des relations – La Forêt amante de la mer » au Frac Sud – Cité de l’art contemporain, Marseille, 2026 © Hideki Umezawa — Photo : Marc Domage

Shingo Yoshida, installé à Marseille depuis 2022, présente une œuvre inédite construite autour de Nokogiriyama, ancienne carrière de pierre désaffectée au Japon, reconvertie en refuge pour le vivant. Sensible à ce qu’il appelle «ces choses autrefois éclatantes, aujourd’hui oubliées», il considère la ruine «non comme une fin, mais comme le début silencieux d’un paysage où humains et animaux coexistent».

Keita Mori, né en 1981 à Hokkaido et installé à Paris, présente sa première série de dessins filaires sur papier, réalisée en 2012 — des œuvres tissées sans croquis préparatoire, où fils et nœuds dessinent des architectures énigmatiques, métaphore d’un système interconnecté mais opaque, traversé de dysfonctionnements. Yoko Ono, enfin, est présente à travers des extraits de Grapefruit (1964) et l’œuvre A Box of Smile, multiple qui invite chacun à y déposer son sourire — une forme ouverte et éphémère dans laquelle le spectateur est nécessairement impliqué.

exposition L'Écologie des relations, Frac Sud, Marseille
Huile sur toile, 80 x 65 cm – Collection Les Abattoirs, Musée-Frac Occitanie, Toulouse – Association Akira Kanayama et Atsuko Tanaka © Atsuko Tanaka – Photo : René Sultra

 

Une dimension sonore et performative

L’exposition s’étend au-delà des œuvres exposées par un projet musical conçu en dialogue direct avec elle : La société des soupirants de la forêt des huîtres, imaginé par Yama Yuki et Grégory Taniguchi-Ambos, réunit dix musiciens des scènes ambient et expérimentale japonaises, invités à créer des morceaux originaux inspirés du livre de Shigeatsu Hatakeyama. Une nouvelle composition est diffusée chaque mois dans les espaces du Frac Sud, et l’ensemble sera édité sur disque à l’été 2026.

L’Écologie des relations – La Forêt amante de la mer est une exposition qui travaille en profondeur — sur la durée, avec des œuvres qui exigent du temps et de l’attention. Elle ne cherche pas à conclure, mais à relier : des générations, des pratiques, des territoires, et les liens fragiles que nous entretenons avec eux.

Hiroshi Yoshimura, vue de l'exposition L'Écologie des relations, Frac Sud, Marseille
Hiroshi YOSHIMURA — Vue de l’exposition © Photo : Marc Domage

Informations pratiques

Frac Sud – Cité de l’art contemporain, 20 boulevard de Dunkerque, 13002 Marseille
Exposition jusqu’au 15 novembre 2026
Visites gratuites tout public chaque dimanche à 15h — Visites-ateliers en famille chaque samedi à 14h
Visites de groupe sur réservation du mardi au samedi
www.fracsud.org

Remerciements

Opale Art remercie Olivier Gaulon, attaché de presse et membre d’Opale Art, pour son précieux soutien dans la découverte de cette exposition.

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