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œuvre de Mattéo Nicoli, artiste des hauts de france
© Mattéo Nicoli

Né en 2000, Mattéo Nicoli vit et travaille à Amiens dans les Hauts-de-France. Artiste plasticien, il développe une œuvre où la lumière, la solitude et l’immensité deviennent des éléments fondateurs. Diplômé en arts plastiques, il façonne une approche qui, bien que nourrie par une formation académique, reste largement autodidacte. L’expérimentation et l’exploration personnelle sont au cœur de sa démarche.

D’abord attiré par le graphisme et le design, il commence par créer des objets mêlant esthétique et fonctionnalité, comme des tables ou des éléments lumineux. Progressivement, sa pratique évolue vers une expression plus épurée, où la fonction s’efface au profit de la sensation. Aujourd’hui, ses œuvres oscillent entre abstraction et figuration, traduisant une perception du monde marquée par la contemplation et le retrait.

L’immensité et la lumière comme langage

La peinture de Mattéo Nicoli s’articule autour d’un sentiment particulier : celui d’être un observateur du monde, présent sans l’être totalement. Cette sensation se manifeste face à un paysage immense, à une ville qui s’éveille ou s’endort, à des lumières lointaines qui scintillent derrière des fenêtres anonymes. Ce moment suspendu, où l’individu semble se fondre dans l’environnement sans y participer activement, est au centre de son travail.

L’immensité joue un rôle fondamental dans cette quête. Elle crée un contraste entre la grandeur du monde et la solitude choisie de l’artiste. Cette distance, loin d’être pesante, se veut une exploration du vide et de la place que chacun occupe dans l’espace. La lumière devient alors un fil conducteur. Toujours présente, elle marque le passage du temps, transformant subtilement chaque scène. Même dans ses compositions les plus sombres, une lueur persiste, traduisant cette impression d’un monde qui continue d’exister, que l’on y prenne part ou non.

Une peinture immersive et atmosphérique

Techniquement, Mattéo Nicoli privilégie la bombe acrylique, un médium qui lui permet d’explorer les dégradés et les nuances avec finesse. Il intervient parfois au pinceau, ajoutant des touches précises là où elles s’imposent. Sa pratique ne se limite pas à la surface peinte : il fabrique lui-même ses toiles et ses cadres, intégrant chaque élément dans l’expérience visuelle. L’œuvre devient ainsi une fenêtre ouverte sur un instant figé, où le spectateur est invité à s’immerger.

À travers cette approche, Mattéo Nicoli ne cherche pas à imposer un message, mais à provoquer une émotion. Ses peintures ne capturent pas un sujet, mais une atmosphère, une sensation à la frontière du tangible et de l’impalpable. Elles offrent un moment de contemplation, une pause dans l’agitation du monde, où l’on peut simplement être, en retrait, observateur d’un espace infini qui continue son mouvement.

01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant…

Je travaille avec la couleur et la lumière pour créer des images simples, mais qui évoquent quelque chose de fort. Ce qui m’intéresse, c’est comment les couleurs se mélangent, comment un simple dégradé peut évoquer une émotion, un souvenir, une atmosphère. Je ne cherche pas à peindre des paysages ou des formes reconnaissables, mais plutôt à capter cette sensation d’immensité et de contemplation qu’on ressent quand on lève les yeux.

Un ciel n’a pas besoin d’être détaillé pour être puissant. Parfois, c’est juste une transition de bleu à rose, un passage subtil du jour à la nuit, et pourtant, ça raconte quelque chose. C’est cette idée que je poursuis dans mon travail : créer des espaces visuels qui laissent place à l’interprétation, où chacun peut projeter ses propres sensations.

Je travaille principalement avec l’acrylique en bombe, parfois au pinceau, pour obtenir des dégradés fluides et aériens.

Ce que je veux, ce n’est pas juste faire des belles couleurs, c’est créer un moment suspendu, un instant où l’on s’arrête, où l’on respire, où l’on se perd un peu.

02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste…

Si je devais choisir un moment décisif, ce serait l’été 2020, quand je me suis fabriqué une petite table en bois peint et résiné. À l’époque, je n’avais aucune connaissance en la matière, je l’ai réalisée à partir d’un tuto sur Internet, dans des conditions très loin d’être optimales, avec de la poussière partout et sans la moindre protection. C’était un projet fait à l’instinct, sans vraiment savoir où j’allais.

Deux ans plus tard, je me suis dis qu’elle était quand même sacrément réussie, malgré mon manque de technique et de préparation. Au point où ça n’aurait pas été choquant de dire que je l’avais acheté. D’ailleurs la plupart des personnes qui l’ont vue me disaient qu’elle était top. Ça m’a donné envie d’en faire d’autres, avec plus de préparation, et d’essayer d’en vendre.

Ce qui n’était au départ qu’un simple meuble pour décorer mon appartement s’est transformé en un véritable processus créatif : des tables en bois résiné, je suis passé à des décorations murales dans le même style, puis à d’autres objets décoratifs. J’ai tenté le miroir, puis le miroir lumineux, avant de me concentrer sur des œuvres uniquement basées sur la lumière. J’ai eu pas mal d’idées, certaines ont abouti, d’autres sont restées au stade de prototype, et certaines n’ont même pas dépassé le stade du croquis. Finalement, cette évolution m’a mené vers la peinture sur toile, mais ça évoluera peut- être encore avec le temps, je ne sais pas, je ne veux pas me limiter à une seule pratique.

La transition entre artisanat et art s’est faite progressivement, au fil de mes expérimentations. Mais tout a commencé avec cette table, fabriquée presque par hasard en 2020.

03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres…

Si je ne devais garder qu’une seule de mes œuvres, ce serait Istanbul . Non seulement parce que je la trouve particulièrement réussie, avec un choix de couleurs juste et une technique maîtrisée, mais surtout parce qu’elle marque un tournant décisif dans mon parcours.

C’est la première toile qui va au-delà de l’expérimentation. Avant elle, je faisais des tests, des expérimentations de couleurs et de techniques, sans vraiment considérer ces toiles comme des œuvres à part entière. Istanbul à été la première où j’ai eu le sentiment d’avoir créé quelque chose de abouti, qui fonctionnait autant techniquement que visuellement.

Elle représente aussi une transition importante : le moment où je suis passé de l’artisanat pur à une démarche plus artistique. Jusqu’ici, mes créations étaient plus proches du design et de l’objet décoratif, mais cette toile m’a fait comprendre que je pouvais aller plus loin, développer une vision plus personnelle. C’est aussi à travers cette œuvre que j’ai vraiment compris le message, les sensations et les émotions que je voulais transmettre. Elle m’a aidé à clarifier beaucoup de choses dans ma tête, à mieux me comprendre. Un peu comme ces panneaux en liège qu’on voit dans les films policiers, avec des éléments reliés par des cordons, cette œuvre a agi de la même manière pour moi. Elle m’a permis de faire des liens entre des événements de ma vie, mes goûts, ce que j’aime ou n’aime pas… Un peu comme si elle avait dissipé un brouillard mental.

En ce sens, elle marque un cap dans mon travail et reste une référence pour moi.

œuvre de Mattéo Nicoli, artiste des hauts de france
© Mattéo Nicoli
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir…

Ce serait celui de nous décrocher du temps. Pas l’arrêter complètement, pas figer le monde comme une image, mais permettre de s’en détacher un instant, d’être à la fois là et ailleurs. Comme lorsqu’on observe une ville se réveiller ou s’éteindre, de haut, depuis une fenêtre. Qu’on se tient en retrait dans une fête, simplement à regarder les choses se dérouler. Qu’on se balade seul en ville ,de nuit, et qu’on observe les derniers passants, les lumières aux fenêtres, la vie qui suit son court. Présent, mais en dehors du mouvement.

Ce serait une parenthèse, un espace où l’on peut ralentir, observer sans être emporté par le flot du quotidien. Un moment où l’on se sent à la fois spectateur et pleinement ancré dans l’instant, comme face à un paysage immense qui absorbe toute notre attention. Si mes œuvres avaient ce pouvoir, elles offriraient cette sensation d’être en marge, volontairement, juste pour respirer et voir le monde autrement.

05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre…

Ce serait Nick Thomm. C’est l’une de mes nombreuses inspirations. J’ai toujours été impressionné par sa façon de jouer avec les couleurs, surtout la fluidité de ses dégradés, ses transitions de couleurs et son travail de la résine. Ce n’est pas tant son concept ou sa démarche qui m’ont influencé, mais plutôt son approche visuelle et la manière dont il exploite les matières pour donner de la profondeur à ses œuvres.

Il y a des similitudes dans nos pratiques, notamment dans l’usage de la bombe pour créer des transitions de couleurs. J’aimerais comprendre comment il procède, échanger sur ses techniques, ses supports, sa façon d’obtenir une telle profondeur dans ses œuvres. Sa maîtrise de la résine m’intrigue aussi, car même en ayant déjà pas mal utilisé, il m’arrive encore d’avoir des ratés ou des défauts. Quelques astuces de sa part ne seraient pas de refus !

En plus, il s’est récemment mis à créer des œuvres lumineuses… un peu après moi d’ailleurs, je suis presque sûr qu’il m’a copié (rires…). Plus sérieusement, je me reconnais dans son travail, et une discussion avec lui pourrait être enrichissante autant sur le plan technique qu’artistique.

06/06

Si vous aviez rédigé cette interview… quelle question vous seriez-vous posée?

Si je devais moi-même rédiger cette interview, je poserais une question sur l’indépendance dans la création : pourquoi choisir de tout faire soi-même ?

J’aime beaucoup le concept du fait main, du « DIY », mais je trouve que ce terme est connoté négativement, il sonne comme un petit bricolage avec un trombone, un bouchon, un cure-dent et un peu de scotch. Moi ce qui m’intéresse, c’est d’apprendre à me débrouiller, à faire les choses moi- même et surtout à bien les faire.

Je tiens à maîtriser chaque étape de la fabrication d’une œuvre, même celles qui semblent moins créatives, moins fun, comme la construction du châssis ou du cadre. C’est pas juste une question d’économie – car ce qu’on économise en argent, on le perd en temps – mais surtout une manière d’avoir un contrôle total sur le résultat final.

En fabriquant moi-même mes supports, mes toiles, mes cadres, je ne me limite pas aux formats et matériaux standards. Ça me permet d’explorer d’autres formes, des textures, des finitions, et

d’adapter chaque détail à ma vision. Mais surtout, ce processus m’inspire. En voyant comment chaque élément est fait, je découvre de nouvelles possibilités, j’imagine d’autres façons de faire. Travailler chaque étape me donne des idées que je n’aurais peut-être pas eues si je m’étais contenté d’acheter du matériel tout prêt. C’est en manipulant, en testant, en ajustant que naissent de nouvelles pistes et que mon travail évolue.

Et ce qui est intéressant, c’est que souvent, ce qui paraît complexe ne l’est pas tant que ça une fois qu’on s’y met. Surtout aujourd’hui, avec internet il est facile de trouver des tutos sur presque tout. Bien sûr, on ne trouve pas toujours exactement ce qu’on cherche (pour ne pas dire jamais), alors il faut adapter, tester, modifier selon ses besoins… Mais c’est aussi ça qui me plaît : réfléchir à des solutions, expérimenter et repousser les limites de ce que je peux faire.

J’aimerais bien un jour transmettre moi aussi ce que je sais, avec des tutos qui montrent comment je procède (pour faire mes cadres, la préparation des toiles, ou autre, peut-importe). Pourquoi pas aussi des cours, ou des stages, pour ceux qui veulent aller plus loin. Non pas parce que je me considère comme un pro, loin de là, mais parce que je sais ce que c’est de galérer à trouver des infos précises, et je pense que partager mes techniques et astuces pourrait aider d’autres personnes à se lancer. Ça sert à rien de garder pour soit, il faut partager et transmettre, que tout le monde progresse. Mais bon, pour l’instant c’est qu’une idée dans le coin de ma tête, une envie, rien de concret.

Et au-delà de l’art, cette logique de faire par soi-même s’applique à tout. On peut construire ses meubles, ses vêtements, réparer des objets… Ce n’est pas seulement économique, c’est aussi une manière d’avoir des choses uniques, qui nous ressemblent. Et surtout, c’est gratifiant : on apprend, on développe des compétences, et on ouvre la porte à de nouvelles idées.

œuvre de Mattéo Nicoli, artiste des hauts de france
© Mattéo Nicoli

Mattéo Nicoli figure également dans le portfolio de notre magazine imprimé collector « printemps / été 2025 » et est membre d’Opale Art. Nous le remercions de sa confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.