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Œuvre de Nathalie Coulon.
© Nathalie Coulon

Autodidacte, Nathalie Coulon est une artiste plasticienne pluridisciplinaire née à Lille. Elle vit et travaille dans le Nord, entre Marcq-en-Barœul et prochainement Saint-André, où elle rejoint un atelier collectif. Formée à la peinture au fil de stages, de cours et d’expériences sensibles, son cheminement s’est construit à la lisière de plusieurs univers : la pratique artistique, la scène, et les métiers du soin.

Passée par le théâtre comme comédienne puis par l’opéra comme habilleuse, elle nourrit son regard d’une attention fine à la présence, au détail, à l’émotion suspendue. Cette expérience scénique résonne dans sa manière d’aborder la peinture et le dessin, dans une quête de justesse, de profondeur, d’apparition.

Sa formation informelle aux Beaux-Arts de Tourcoing, tout comme sa découverte des techniques anciennes des Primitifs flamands, marquent durablement sa manière d’appréhender la lenteur, la lumière, les couches.

Une figuration intime

Le travail de Nathalie Coulon explore la mémoire, le passage du temps, les résonances enfouies. Ses œuvres naissent souvent de photographies personnelles, de cartes postales ou de collectes sensibles. L’enfance y tient une place particulière, non comme objet nostalgique, mais comme espace d’attention aux détails, aux gestes premiers.

Son approche est fondée sur la répétition, la lenteur, l’accumulation minutieuse. Le dessin, qu’elle pratique principalement au point – à la plume et à l’encre – répond à ce besoin de concentration et de rythme intérieur. De même, sa peinture procède par glacis successifs, inspirés des techniques flamandes : couches fines, presque transparentes, qui laissent apparaître une forme, une lumière, une présence.

La représentation est ici questionnée dans sa capacité à faire trace : qu’est-ce qui subsiste ? Qu’est-ce qui se révèle à force de patience ? L’œuvre ne s’impose pas, elle affleure. Elle invite à la contemplation, au silence.

Mémoire et rêverie

Nathalie Coulon compose un univers où le geste est aussi important que l’image. Ses créations engagent un autre rapport au temps, proche du recueillement. Chaque point, chaque trace, chaque voile de peinture devient un acte de mémoire et de rêverie.

Ses supports varient – toile, papier de soie, calque – tout comme sa palette, autrefois large, aujourd’hui plus resserrée, au service d’un travail sur la lumière, les contrastes, la suggestion. Elle cite parmi ses inspirations des artistes tels que Spilliaert, Bonnard, Dumas, Borremans ou Claire Tabouret – autant de créateurs de présences, de seuils, de figures vacillantes.

Son œuvre ne cherche pas à illustrer, mais à évoquer. Elle n’impose aucun discours, mais laisse place à l’intuition. Dans cette économie de moyens, Nathalie Coulon propose une peinture de l’émotion retenue.

01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant…

Peut-être lui dirais-je que mon travail parle de la vie des souvenirs, ou de ce qui nous a impressionnés, qui deviennent parfois de nouvelles histoires en se mélangeant ou en s’ oubliant . Que je travaille très patiemment avec des calques et des fines couches de couleur, que je fais plein de petits points, ou trace des lignes pour retrouver le chemin de ma mémoire et dessiner ce qui était oublié, ou tout simplement pour découper le temps en plein d’autres petits moments et le rendre plus lent. Que je peins mes personnages comme sils étaient très loin et que j’essayais de les approcher,  les contempler, et d’y associer une certaine rêverie, une étrangeté.

02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste…

Avant d’être artiste plasticienne, j’ai été comédienne. J’ai toujours été attirée par la création et la dimension artistique et enfant j’aimais beaucoup écrire, dessiner, et rêver à devenir danseuse ou pianiste. Finalement je suis entrée au conservatoire d’art dramatique pour franchir le silence qui commençait à me gagner, trouver une voie d’expression. Plus tard j’ai adoré le lieu de la scène, magnifique espace de jeu, de possible, et son mystère qui ouvre à tant de questions.

Au moment où j’arrête le théâtre , la surface de la toile, de la feuille sont venus suppléer la scène. C’est aussi un lien profond avec des amis artistes disparus depuis, et pour lesquels je posais qui m’a amené à peindre. De cette position, je ressentais un mystère, une énigme, peut-être aussi quelque chose du sacré, que je reconvoque quand je suis en train de créer. Paradoxalement, dans l’espace de solitude qu’est l’atelier, c’est aussi un endroit où je ne me sens jamais seule.

03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres…

Il est possible que ce soit la dernière car elle condense à elle seule toutes mes interrogations du moment, dont parfois je n’ai pas encore conscience, et qui se révèle lors du travail suivant. Mais ce pourrait-être aussi mes premières peintures, mes premiers dessins qui contiennent en germe un chemin qui va se révéler.

J’ai depuis aussi revu une toile qui date de 2018, et a été créé pour une exposition solo dans l’espace Zone de résonances à l’invitation de Cédric Verlynde de l’école d’art de Mortagne-du-Nord. Il s’agit de la toile Le bleu de travail de la série « Les Porteurs » (série dans laquelle j’explorais le thème de la charge, de la pesanteur au travers des poids à porter, à supporter, à transmettre, à cacher, ….).

C’est une peinture à l’huile de format 50 sur 60 cm. On y voit le dos d’une personne vêtue d’une sorte de robe ou de tablier, les mains croisées, doigts fermés sur la paume, dans une gamme chromatique assez sombre de bleu et de gris. J’aime finalement beaucoup cette toile que je trouve assez étrange. D’abord elle est plus grande que l’échelle 1 :1, ce qui lui donne l’ air un peu massif et abstrait. Tout en étant de facture classique, sa lumière semble venir de la pénombre. Enfin, ce qui est normalement caché puisque dans le dos, est offert au spectateur, dans une grande proximité et quasi intimité, puisqu’on peut y déceler le gonflement des veines et les ridules de la peau.

Il y a me semble-t-il dans cette composition un grand équilibre entre les plis du drapé et ceux de la peau, et presque même une unité profonde entre eux, qui dégage un trouble.

Œuvre de Nathalie Coulon.
© Nathalie Coulon
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir…

J’aimerais que mon œuvre puisse susciter un arrêt, une contemplation, une suspension.Peut-être sans superpouvoirs, puis je espérer qu’à un moment, un de mes dessins, une de mes peintures, s’ils sont réussis, provoquent chez son public un moment de suspens qui ouvre une petite brèche, un moment poétique et de disponibilité au monde. C’est en tout cas la joie que j’ai devant une œuvre sur laquelle je m’attarde, qu’elle soit plastique, scénique, ou autre, une façon plus vivante d’être au monde, d’être déroutée et de recomposer des liens.

05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre…

Un seul ? Tant m’accompagnent. Claude Régy, Metteur en scène pour sa capacité à révéler le silence et le temps. Pierre Bonnard, Peintre, pour sa lumière incroyable, qui donne le sentiment que ses toiles nous irradient, et pour sa transcription de l’intime. Et j’adorerais me trouver dans l’atelier de l’Artiste Michaël Booremans, dont l’œuvre me fait rêver, tant par sa beauté plastique, que par ses jeux de sens.

06/06

Si vous aviez rédigé cette interview… quelle question vous seriez-vous posée?

Ma question serait : « Pouvez-vous me parler de votre processus de travail ? ». Souvent cela commence par une situation, une photo, une idée qui va retenir mon attention. Je collecte alors des photographies qui vont venir documenter, enrichir, me rapprocher, ou m’éloigner, jusqu’à préciser d’avantage l’objet de ma recherche. Ensuite ou en même temps, par nécessité du propos ou par envie, je pense à un médium, un type de geste. Je suis quelqu’un de très laborieux qui fait beaucoup d’essais et j’ai besoin de passer par beaucoup d’étapes de travail avant de trouver une pertinence entre le médium, la surface, l’énergie et le sujet que je souhaite traiter. Cependant mon rapport à la création est d’avantage de l’ordre du sensible.

Cet étirement du temps me pose souvent questions, c’est un temps de lente élaboration, mais peut être aussi une façon de différer l’acte de créer, de m’en distraire, de l’éviter. Aussi, je suis toujours surprise quand des personnes expriment que peindre ou dessiner « doit détendre » car j’ai au contraire une relation besogneuse et pleine de tensions avec la création.

Œuvre de Nathalie Coulon.
© Nathalie Coulon

Nathalie Coulon figure également dans le portfolio de notre magazine imprimé collector et est membre d’Opale Art. Nous le remercions de sa confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.