© Gaël Kasprzak
Né en 1987 à Montluçon, Gaël Kasprzak a suivi un chemin atypique avant de s’essayer à la peinture. Formé initialement à la fleuristerie, il développe un sens de la composition et de l’harmonie des couleurs. Son goût pour l’art visuel s’affirme au fil des années, nourri par des cours de dessin et de peinture, des lectures et des visites d’expositions. Après douze ans dans l’art floral, il décide de se réorienter vers le secteur médico-social tout en poursuivant son apprentissage artistique.
En 2019, son installation à Nantes marque un tournant : il découvre une ville dynamique et ouverte à la culture, qui stimule son désir de professionnaliser sa pratique. Tout en travaillant comme coordinateur de vie sociale en EHPAD, il développe une œuvre personnelle qui trouve son premier aboutissement en 2022 avec sa première exposition individuelle.
De l’eau à l’abstraction
Le travail de Gaël Kasprzak est intimement lié à son environnement et à ses ressentis. En 2022, il consacre une série au thème de l’eau, inspiré par son installation à proximité de l’océan et des côtes bretonnes. Cette exploration picturale lui permet d’exprimer sa connexion avec cet élément, à travers des compositions épurées et sensibles.
Depuis 2023, sa démarche évolue vers une abstraction plus affirmée. Animé par un besoin de lâcher-prise, il s’éloigne de la figuration pour explorer la matière, les textures et les effets de surface. Il puise désormais son inspiration dans les détails souvent négligés de l’environnement urbain : traces, fissures, érosions, ces marques du temps deviennent des motifs récurrents. Son approche se construit dans un dialogue entre le geste brut et la subtilité des espaces vides, entre spontanéité et contrôle.
Un travail instinctif de la matière
Gaël Kasprzak privilégie une peinture instinctive, où la matière joue un rôle central. Il utilise principalement l’acrylique, qu’il associe parfois au pastel à l’huile pour enrichir les textures. Son travail se caractérise par une gestuelle libre et des outils qui favorisent une approche brute : il peint à la brosse et à la truelle, cherchant à capter l’accident, le relief, l’imprévu.
Sensible au support, il peint sur toile mais aussi sur des planches de kraft, appréciant la rapidité d’absorption du carton qui lui permet de travailler sans contrainte. Son processus est également physique : il peint au sol, interagissant directement avec ses œuvres, tandis que son chevalet lui sert à prendre du recul. À travers ses œuvres, Gaël Kasprzak invite le spectateur à poser un regard différent sur son environnement. À la croisée de l’abstraction et de la matière, il nous propose une place où le détail devient une trace du temps et une empreinte sensible.
01/06
Si vous deviez présenter votre art à un enfant…
Ah! voila une question intéressante mais pas forcément évidente… car je ne cherche pas à traduire du concret et les enfants ont ce besoin de comprendre très vite ce qu’ils perçoivent. Mais dans mon travai il n’est pas question d’interprétation, libre à chacun de se laisser aller à la rêverie, donc je pense que je le laisserai d’abord observer et exprimer son ressenti avant de traduire par des mots simples, en parlant surtout de mes influences sur les détails, les traces qui nous entourent, puisque mon objectif et d’inviter le spectateur à élargir son regard.
02/06
Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste…
Le moment décisif qui a influencé ma vie est sans hésiter mon installation à Nantes ! La dynamique culturelle est si riche que je me suis senti littéralement porté par le désir de me révéler. J’ai quitté ma région à 31 ans, et bien que je connaissais Nantes depuis déjà quelques années en m’y rendant régulièrement, ce fut un vrai défi pour moi de tout quitter, même si c’était un choix. Ce changement de vie m’a ouvert davantage l’esprit et m’a surtout beaucoup aidé à prendre confiance en moi, et je pense avec certitude que je n’aurais jamais entrepris une carrière artistique si je n’étais pas parti. Au-delà de l’identité culturelle très forte à Nantes, c’est aussi toute une région que j’ai découverte et appris à aimer. Il fait vraiment bon vivre dans le Grand Ouest. Je suis donc très fier de ce projet de vie qui m’a clairement ouvert des portes, mais bien évidemment avec beaucoup de travail. Car il faut conjuguer avec une autre vie professionnelle, un autre emploi du temps, et la vie d’un artiste ne se cantonne pas à la réalisation, mais il y a un gros travail de prospection et de communication pour diffuser son art et réussir à vendre. C’est un vrai parcours du combattant, il faut beaucoup de patience, de persévérance et d’obstination.
03/06
Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres…
Je suis très attaché à des travaux que j’ai menés pendant mes années d’ateliers d’arts plastiques auprès d’un professeur qui a beaucoup contribué à mon apprentissage des différentes techniques et à mon ouverture d’esprit. À l’époque, j’avais une certaine appétence pour le dessin au fusain, donc je dirais l’un de ces dessins, un nu. Car ils me ramènent à une époque dont je suis un peu nostalgique.
© Gaël Kasprzak
04/06
Si votre art avait un super-pouvoir…
05/06
Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre…
J’aime beaucoup cette question ! Mais il y en a tellement ! C’est frustrant de devoir en choisir qu’un, car beaucoup d’artistes, et notamment des peintres de la première moitié du 20ᵉ siècle, ont une influence sur mon travail et ma vie en général.
Je vais choisir un auteur, Romain Gary, mon auteur préféré. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que l’idée même de traduire l’émotion des mots par la peinture me parle depuis longtemps. Un défi intéressant, un challenge même ! Surtout avec l’abstraction. J’aime la littérature, et Romain Gary est un auteur que j’aime tout particulièrement. La Vie devant soiest mon livre préféré. L’auteur me touche, quelle vie ! De multiples vies qui ont nourri ses romans, des romans qui, je trouve, nous transportent dans toutes les émotions et nous font passer facilement du rire aux larmes, en abordant des sujets sensibles et délicats, et qui résonnent clairement encore aujourd’hui à notre époque : tels que le racisme, l’antisémitisme, l’âgisme, l’amour bien sûr, mais jamais à l’eau de rose ! Et son humour… un style à part.
06/06
Si vous aviez rédigé cette interview… quelle question vous seriez-vous posée?
Ce serait « Comment percevez-vous le regard de l’autre sur votre travail ? ». On aurait tendance à dire que les artistes sont narcissiques, ce qui est probablement juste. Un artiste se met à nu pour transmettre des émotions et sa vision du monde. Il est seul avec lui-même et veut affronter le public par l’intermédiaire de son art. Ce n’est pas sans conséquences ! Ça vaut bien des remises en question et des doutes au quotidien. La critique n’est pas toujours juste et constructive. Il y a aussi beaucoup de méconnaissance sur la vie d’artiste, c’est un vrai travail ! Il y a une charge administrative, des dossiers à monter pour affronter les différents lieux d’exposition.
Quand j’ai commencé réellement à peindre avec l’ambition d’exposer pour toucher les gens, j’avais le sentiment de devoir convaincre et faire mes preuves. Mon travail était lisse, propre, je voulais être légitime et pris au sérieux. Mais avec le recul sur ces cinq dernières années, à travers les rencontres lors des expositions, que ce soit du public ou d’autres artistes, il me semble de façon évidente que c’est en assumant que l’on peut transmettre et partager avec sincérité, lâcher prise. Il faut accepter de ne pas plaire à tout le monde…
© Gaël Kasprzak
Gaël Kasprzak est membre d’Opale Art et nous le remercions de sa confiance. Retrouvez-le sur son compte instagram
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