Skip to main content
Photographie de Stéphane Goin, artiste auteur des Hauts-de-France
© Stéphane Goin

Né en 1972 dans le sud de la France, Stéphane Goin grandit dans une famille d’artistes un peu bohème où la photographie et la créativité sont omniprésentes. Dès son plus jeune âge, il se passionne pour l’image, prenant sa première photographie à six ans dans le cadre d’un concours scolaire. 

Réalisant des études en communication et marketing et se tournant vers la presse et l’édition, Stéphane Goin développe une passion pour les États-Unis et le mythe du rêve américain. Lors de nombreux road trips à travers le pays, il photographie ce qu’il perçoit comme l’incarnation du rêve : les diners, les motels, les voitures anciennes, et plus généralement la société américaine. Influencé par le mouvement New Topographics qui propose une approche documentaire et sobre du paysage américain, il s’engage dans une démarche artistique qui mêle exploration personnelle et observation sociétale. 

Cette quête se concrétise par une série photographique intitulée Mad(e) in USA, une réflexion sur le rêve américain vu par un européen, entre lumière et couleur, à travers un regard détaché mais poétique.

D’un monde à l’autre : la rencontre avec le Nord de la France

En 2017, après des années passées à explorer les États-Unis, Stéphane Goin s’installe dans le Nord de la France. Là, il engage un nouveau chapitre de son travail photographique en documentant son environnement immédiat. Fasciné par l’architecture locale, les baraques à frites, les bunkers de la côte et les événements populaires, il entreprend de réaliser un corpus photographique sur la région, à l’image de la mission photographique de la Datar dans les années 80. 

Son objectif : rendre hommage à ce territoire parfois délaissé par les grands regards photographiques. Sa démarche est ensuite marquée par  l’attention qu’il porte à l’humain. Chaque événement photographié est prétexte à un dialogue avec les habitants, et à la découverte de leur univers et de leurs histoires. À travers ses portraits et scènes de vie, l’artiste capte une générosité collective et un attachement profond à la région. Ces échanges font partie intégrante de sa démarche, et apportent une dimension humaine et intime à ses œuvres.

La poésie de l’ordinaire

Depuis ses premières explorations américaines jusqu’à ses recherches actuelles, Stéphane Goin n’a cessé de faire évoluer sa pratique. De l’argentique au numérique, il poursuit une quête de sens, de lumière et de beauté. 

Sa photographie est pour nous une réflexion sur le temps qui passe, sur l’identité et la mémoire, qu’il s’agisse de paysages urbains ou de scènes de vie. En capturant ces instants fugaces, Stéphane Goin nous invite à regarder autrement, à percevoir la poésie dans l’ordinaire, tout en interrogeant les mythes et les réalités qui façonnent nos imaginaires.

01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant…

Je lui dirais « Ça te dit de fabriquer des images ? Tiens prends ça et montre-moi ce que tu aimes ».
Dernièrement j’ai eu la chance de travailler pour les Ville de Tourcoing et de Marcq-en-Barœul pour des projets liés à l’image via la Maison de la Photographie de Lille. J’ai ainsi beaucoup aimé expliquer dans le cadre d’ateliers « Quartiers Prioritaires de la Ville » que je mène, l’histoire de l’image, les procédés et surtout amener les enfants, adolescents ou adultes à s’approprier cet outil et raconter leur histoire.
Avec les enfants, je suis toujours ébahi de la rapidité avec laquelle ils s’approprient l’appareil photographique et de leur créativité qui est sans limite. Ils arrivent à réaliser des images fantastiques et ils ont un rapport à cette dernière beaucoup plus simple que les adultes en s’émancipant des contraintes ou des barrières que  l’on s’impose parfois. Dans ma démarche j’essaye de garder cette spontanéité, ce regard même si j’ai toujours une trame, une technique et un regard, j’aime aussi me laisser surprendre. Dans ce sens une de ces images « spontanées » que j’ai réalisées et que j’affectionne tout particulièrement est celle d’un vendeur de ballons sur une plage des Pouilles en Italie il y a quelques années. Je venais de rejoindre mon poste d’observation estival, à savoir ma serviette de plage, et en tournant la tête sur la gauche j’ai vu cette magnifique image se composer devant moi, à savoir un vendeur de Ballons multicolores et brillants, marchant sur la plage avec, en guise de tête, une dizaine de bouées gonflables, j’ai attrapé mon boitier, je suis allé à sa rencontre, un premier déclenchement, clic, un peu trop clair, changement d’ouverture, je déclenche une seconde fois, clic, et là j’avais une image. Quand je revois cette photographie cela me ramène à ce joli moment, à ces bruits de plage, à cette ambiance estivale, à ces couleurs…
02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste…

Je serais plutôt enclin à répondre à cette question en disant quêtre artiste serait plutôt une façon de penser, ou de voir le monde qu’un statut. Et pour aller un peu plus loin je préfère au mot artiste en ce qui me concerne le mot auteur, qui, je trouve, me convient mieux. Mais le déclic – au propre et au figuré ! – s’est fait assez progressivement.  Il est lié à des rencontres, des propositions de collaborations, des expositions et surtout un travail sur un thème qui commençait à être significatif et m’as permis d’être invité à publier mon travail. Je pense à cet article dans un magazine suisse, Roaditude, dédié à la route. Son rédacteur en chef  cherchait des images correspondant à un article que l’équipe souhaitait publier sur les Motels. Plus récemment, j’ai présenté lors d’une exposition collective 100 instax issus de ma série « Mad(e) In USA parmi des photographes de renoms dont Bernd et Hilla Becher que j’admire, notamment pour ce travail topographique sur les chevalements (la structure qui sert aux mineurs à monter et descendre par une cage d’ascenseur dans la mine et à extraire le minera) qui font partie intégrante de l’ADN de ma région d’adoption.
Au quotidien les expositions, de peinture, de sculpture ou de photographie, la littérature ou encore le cinéma sont pour moi des sources inépuisables de fenêtres sur d’autres mondes. J’adore la générosité des artistes, ils nous permettent de faire ce pas de côté et ainsi de penser notre monde un peu différemment. En cela, je crois que la curiosité est le moteur le plus puissant que l’on puisse avoir pour garder cet émerveillement sur le mode qui nous entoure.
03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres…

Question très intéressante, car le choix est difficile et cela peut évoluer selon l’humeur du moment, mon évolution personnelle ou le contexte. Mais celle que je garderais en ce moment et que j’apprécie particulièrement est celle que j’ai réalisé en mai de cette année lors d’une course de voitures anciennes sur une plage au Nord de l’Angleterre, dans le Yorkshire. Le temps était parfait, une brume qui permettait naturellement d’effacer les éléments lointains du paysage, une voiture sur la plage prête à rugir et une très belle ambiance avec une couleur dominante, le rouge de la voiture et celui des combinaisons des pilotes qui contraste avec le reste de la scène. Tout était présent, l’ambiance, la pose et cette brume qui donnait vraiment un aspect surréaliste à cette image. Ce qui me plait également c’est cet anachronisme que l’on remarque dans un second temps. A première vue on n’imagine pas que cette image a été réalisée en 2024, mais en regardant de plus prêt on se rends compte que les deux protagonistes regardent leur téléphone portable. Même si cette image n’est pas le reflet de notre époque, je pense que, parce que les deux pilotes regardent leur portable, elle devient à mon sens le reflet de notre société ou le portable est omniprésent et cela lui donne un supplément d’âme, un « je-ne-sais-quoi » comme diraient les anglo-saxons. J’apprendrai plus tard qu’ils étaient en panne…
Je garde un souvenir exceptionnel de cette course qui se déroule sur deux jours et ou j’ai pu réaliser un reportage avec deux ambiances différentes. le premier jour avec ce brouillard intense et le second avec un magnifique soleil.
Photographie de Stéphane Goin, artiste auteur des Hauts-de-France
© Stéphane Goin
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir…

Je pense que si ma photographie avait un super pouvoir, j’aimerais que cela soit celui de la mémoire. Cette mémoire qui permet la compréhension du passé pour mieux analyser le présent et se projeter sereinement dans le futur.
L’image est universelle et peut dialoguer avec tous. Elle peut être également une source de manipulation, un témoignage, une balise.
J’ai la chance de pouvoir croiser beaucoup de photographes, de tous styles, des reporters de guerre, des artistes auteurs, de mode également, et tous font ce métier pour témoigner ou transmettre une image ou une vision de notre monde. L’image est omniprésente de nos jours, elle fait partie de notre quotidien et pouvoir la décrypter, la comprendre ou l’analyser est un enjeu de taille d’autant plus avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, qui sans une éducation à l’image risque d’altérer fortement notre compréhension au monde.
J’aime à penser que la photographie peut, au-delà de son côté esthétisant parfois, permettre la réflexion, prendre du recul, une respiration mais pour cela il faut ralentir notre course effrénée. L’échange est une des valeurs qui me tient à cœur.
05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre…

Sans nul doute ce serait le cinéaste Wim Wenders, qui est aussi, c’est moins connu, un photographe exceptionnel. Je devais avoir 12 ans quand j’ai découvert au cinéma « Paris, Texas » (1984)  ça a été littéralement pour moi un immense flash…Tout était là qui se déroulait sous mes yeux, la couleur, l’errance, la musique, le tempo du film…Si je prends en référence sa filmographie, je peux dire que c’est une des personnes qui m’a le plus influencé. Récemment je faisais les photos d’une famille de circassiens, et je ne pouvais pas m’empêcher pendant que je photographiais la trapéziste de penser à son film tourné à Berlin « Les Ailes du désir » qui se passent en partie dans un cirque, à la différence prêt que le film est réalisé en noir et blanc et que moi je les faisais en couleurs.
Je trouve dans l’art qu’il peut parfois y avoir une belle symbiose entre les disciplines, et ce que j’aimerais essayer de faire c’est amener une autre dimension à mes images, que l’on puisse se projeter, aller plus loin et mentalement créer la bande-son liée à l’image que l’on est entrain de regarder, je crois que ce serait un pari gagné.
06/06

Si vous aviez rédigé cette interview… quelle question vous seriez-vous posée?

En premier lieu je vous remercierais pour cette belle mise en avant que vous accordez aux artistes et je souhaiterais longue vie à Opale ART. Puis je parlerai de mon projet de finaliser ma série sur les courses de voitures sur le sable, de l’organiser au mieux, de faire un éditing bien rythmé entre les photos réalisées dans différents pays, et de la proposer à des maisons d’éditions spécialisées. J’évoquerai aussi une nouvelle série, toujours dans cette veine qui peut se définir comme des groupes d’individus qui évoluent dans un monde spécifique, parfois en marge, et participant toujours d’un univers peu commun. Enfin, j’espère pouvoir continuer à avoir l’opportunité de voyager pour découvrir encore plus de nouveaux univers !
Photographie de Stéphane Goin, artiste auteur des Hauts-de-France
© Stéphane Goin

Retrouvez Stéphane Goin sur son site internet.
Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien.