© ENSEMBL
ENSEMBL est un duo d’art urbain fondé en juillet 2024 par Emi et Seb, tous deux originaires du Nord de la France. Enseignante en arts plastiques depuis une vingtaine d’années pour l’une, artiste plasticien et enseignant en art depuis quinze ans pour l’autre, ils partagent une même sensibilité forgée par des études en expression plastique — à l’université et en école d’art — et une passion commune pour l’art, le voyage, la musique et les rencontres. En un an d’existence, leur projet a déjà investi les rues de Lille, Roubaix, Tourcoing, Paris, Berlin, Bruxelles, Philadelphie, Copenhague, Londres, Dortmund, Cologne, Anvers, Gand, Düsseldorf, Reims, Amiens ou encore Boulogne. Ils participent régulièrement à des événements internationaux de paste-up — Berlin Paste Up Festival, CPH Street Art Festival, London International Paste Up Festival, Franzmann Paste Up & Sticker Festival, Street Against Hate — et ont exposé notamment à l’occasion de la Nuit des Arts de Roubaix, de la Fête de l’Estampe en 2025 et d’expositions à Paris.
Le câlin comme matière première
Le geste fondateur d’ENSEMBL est aussi simple qu’immédiat : l’un des deux artistes prend quelqu’un dans les bras, l’autre immortalise le moment par la photographie. L’image ainsi obtenue est retravaillée en atelier — tramée en noir et blanc, sérigraphiée sur des carreaux de faïence blanche, puis vernie pour affronter la rue. Ce qui frappe dans ces carreaux, c’est la lisibilité des visages : là où le street art pratique souvent l’anonymat, ENSEMBL fait le choix inverse, celui du portrait assumé. On voit l’artiste de dos, et par-dessus son épaule, le sourire éclatant de la personne enlacée. Un dispositif visuel à la fois intime et universel, qui capte la chaleur d’un instant précis. À chaque câlin photographié, le duo demande également à la personne de choisir une musique, qui lui est ensuite associée sur Instagram — une manière d’ajouter une identité sonore, une épaisseur, à la connexion.
Reconquérir l’espace commun
La démarche d’ENSEMBL est aussi politique qu’elle est sensible. En choisissant de coller ces carreaux dans des espaces urbains, le duo oppose une résistance subtile à la froideur des villes contemporaines et à la réduction des interactions humaines à des échanges numériques. L’emplacement de chaque collage est choisi avec soin pour faire écho à l’histoire de la personne représentée : un fan de David Bowie près du studio berlinois de l’artiste, une amoureuse d’aviron près d’une étendue d’eau, un professeur d’anglais dans la vieille ville de Philadelphie. Le réseau du street art, ouvert et généreux selon le duo, a accueilli ce projet avec une facilité et une chaleur qui confirment la puissance du geste. Plusieurs collaborations ont déjà été réalisées, d’autres sont en cours — dont une participation au projet « Hospiart, Tous ensemble pour l’hôpital », qui réunit plus de 150 artistes pour faire entrer la création dans les espaces de soin.
01/06
Si vous deviez présenter votre art à un enfant.
On lui expliquerait d’abord notre intention principale qui est de vouloir mettre des sourires dans les rues. On veut croiser des regards bienveillants, des regards avec les yeux qui pétillent au coin d’une place, des smiles qui nous forcent à marquer un temps d’arrêt dans notre course quotidienne. On aime le vrai, le simple, le beau, l’attendrissant, l’émotion. Alors on a décidé de faire des câlins, pour nous-même profiter de ces temps de pause qui font du bien. À deux, on partage nos rencontres, nos coups de cœur amicaux, nos familles et ces personnes importantes à nos yeux. On veut les mettre en lumière, montrer qu’ils et elles sont là, bel et bien là ! Et se prendre dans les bras, ça fait du bien ! Ça (re)donne le sourire, de l’énergie ! Alors câlinons-nous !
Pour cela, en tant que duo, on a trouvé une formule : l’un câline, l’autre immortalise ce geste par la photo. Et nous voilà avec une collection de copines et de copains avec qui on se sent bien. On imprime alors cette collection sur des carrelages carrés à l’atelier de sérigraphie puis on les vernis. Ça y est ! On peut emporter, avec nous, tous ces petits carrés de bonheur dans notre sac quand on se promène. Et là, en passant par là, on se dit : « il va être bien, posé ici. Ça lui va bien ». Alors on sort son sourire et on le colle sur le mur pour qu’il rayonne encore un peu plus et qu’il mette peut-être un peu de baume au cœur aux gens qui croiseront son chemin.
02/06
Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste.
L’art nous a toujours été essentiel dans nos vies respectives. Nous avons tous les deux étudié l’expression plastique à l’université ou en écoles d’art. Puis nos choix professionnels ont été ceux de la transmission de cette sensibilité artistique, que ce soit par le biais de l’enseignement ou de la création contemporaine. Cela faisait un moment que nous voulions partager un projet commun. Nous avons tenté plusieurs choses. Et c’est en se baladant à Paris que l’idée est née d’intervenir dans l’espace public. Un tag croisé en ville « Viens on s’aime » nous a séduits dans son rapport à la rue et par son message spontané.
Un peu plus tard lors de notre séjour, de retour à l’hôtel, dans l’ascenseur, nous nous sommes pris dans les bras. Emi était face au miroir, Seb de dos et elle a lancé un : « J’ai trouvé ! ».
03/06
Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres.
Chaque carreau, chaque sourire nous renvoie à un beau moment. Il y a ce câlin avec nos parents, celui avec notre meilleure copine que l’on voit pour les vacances, cette photo qui immortalise une retrouvaille de longue date lors d’un mariage, la rencontre spontanée avec quelqu’un qui était encore inconnu quelques minutes plus tôt à Berlin… Mais cette image du câlin de notre amie Séverine a une valeur symbolique : le 200e câlin. Lorsque nous avons commencé, nous nous étions dit qu’on aimerait faire une édition avec les 100 premiers… Tout est allé très vite, et l’arrivée de ce 200e était fort. On était sur la bonne voie ! Et puis son sourire, il est quand même magique, plein d’élan !
© ENSEMBL
04/06
Si votre art avait un super-pouvoir.
Ça devient presque un acte de résistance d’être heureux et de croire en l’avenir aujourd’hui. Nous sommes aussi témoins d’actes d’engagement de personnes autour de nous qui agissent pour faire bouger les curseurs. Et puis en tant que parents de jeunes enfants, on a envie qu’ils avancent avec une belle énergie et des convictions.
Dernièrement, Rudy Kosciuszko nous a sollicités pour son projet « Hospiart, Tous ensemble pour l’hôpital » qui fait entrer la création dans les salles de soin, pour ceux qui souffrent, ceux qui soutiennent et ceux qui soignent. Un projet profondément humain auquel nous sommes fier·e·s de participer. Plus de 150 artistes s’associent pour illuminer les hôpitaux. Un super pouvoir ? Être super humain !
05/06
Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre.
Pour le moment, on s’estime très chanceux de toutes ces rencontres qui ont eu lieu et ces moments vécus. C’est une chance de pouvoir garder en mémoire ces câlins, chacun est une trace ravivant le parcours ! Du câlin de Liliboy, chanteuse du groupe Deluxe, à celui d’Aboubakar, un migrant croisé à Paris, de ceux de nos mères à celui d’ORLAN en passant par celui de Jo dans son restaurant, le Refill à Anvers, ou encore celui de Leticia qui nous a accueillis dans son New Jersey, chaque câlin est un cadeau. Nous verrons bien sur quelles nouvelles rencontres toute cette aventure va nous amener.
Quant aux collaborations entre artistes, le monde du street art est tellement généreux et spontané que nous avons déjà plusieurs rendez-vous programmés et quelques nouvelles idées en tête. Tant qu’il y a de la curiosité et du partage.
06/06
Si vous aviez rédigé cette interview, quelle question vous seriez-vous posée ?
Peut-être « Quels projets aimeriez-vous mener ? ». Nous avons une partie de notre approche qui œuvre pour un « Street art for kids ». Ici les hugs avec les ami·e·s sont mis de côté pour cajoler des peluches. En effet, suite à la participation à divers festivals de paste-up internationaux, nous avons développé un travail avec des peluches comme partenaires de jeu. Après tout, c’est l’un de nos premiers câlins, celui avec Teddy, Nounours ou Doudou.
On aimerait réaliser un mural avec un de ces visuels ! S’implanter sur une façade, expérimenter ce format ! Un mur peint, un nounours géant, du doux façon monumental ! Ça serait le top !
© ENSEMBL
ENSEMBL figure également dans le portfolio de notre magazine imprimé collector et est membre d’Opale Art. Nous les remercions de leur confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.


