© Paul Gallaud
Né en 1994 à Pesqueira, au Brésil, Paul Gallaud vit et travaille aujourd’hui à Lille. Très tôt attiré par les formes, les matériaux et les systèmes de fabrication, il s’oriente naturellement vers les arts appliqués, dans un parcours où le design, l’art et la technique se construisent de manière étroitement liée.
Après un baccalauréat en arts appliqués à l’Institut Saint-Luc de Tournai, en Belgique, il poursuit ses études jusqu’à l’obtention d’un master en design industriel. Cette formation lui permet de développer une rigueur de conception, une sensibilité aux usages et une approche méthodique de la création.
Il travaille ensuite au sein d’agences de design et d’entreprises internationales, dans les domaines de la cosmétique, du retail et du mobilier, avant d’enrichir son parcours par une expérience auprès des Compagnons du Devoir, où il approfondit son rapport au geste, à la précision et au savoir-faire artisanal.
Ces expériences croisées, industrielles et manuelles, nourrissent progressivement une pratique artistique personnelle, fondée sur l’exploration des matériaux, des procédés de fabrication et de la relation à l’espace. En 2020, une exposition au musée MUba Eugène Leroy à Tourcoing marque une étape importante.
Formes, mouvements et systèmes
Le travail de Paul Gallaud s’inscrit dans les champs de l’abstraction géométrique, de l’Op Art et de l’art in situ. À travers des compositions dynamiques, il explore la matière par le biais du mouvement, de la répétition et de la variation.
Ses œuvres reposent sur des structures parfois rigoureusement organisées, parfois ouvertes à l’aléatoire, selon des logiques proches de l’algorithme. Conçues à l’aide d’outils numériques, elles traduisent une pratique pleinement ancrée dans son époque, où la conception devient un langage à part entière.
L’œuvre comme expérience perceptive
Au cœur de sa recherche se trouve la relation entre l’œuvre, la lumière et le spectateur. Dans la série Osmose, Paul Gallaud utilise des matériaux réfléchissants qui transforment l’espace et l’environnement en éléments constitutifs de l’œuvre.
Stries, bandes, grilles et dégradés de couleurs génèrent des perceptions changeantes selon le point de vue et les déplacements. L’œuvre n’est jamais figée : elle se révèle dans l’interaction, invitant le regardeur à devenir acteur d’une expérience à la fois contemplative et immersive, où le mouvement, la lumière et le temps composent un langage sensible en perpétuelle évolution.
Des œuvres que nous vous encourageons à découvrir en face à face, pour en saisir toute la complexité et la poésie.
01/06
Si vous deviez présenter votre art à un enfant.
Quand tu bouges devant mes œuvres, elles se transforment avec toi : les reflets se déplacent, les couleurs brillent autrement et parfois tu peux même te voir dedans avec tout ce qui t’entoure. Je crée d’abord mes images sur l’ordinateur puis je les imprime sur des matériaux qui jouent avec le reflet, comme le métal, le verre ou le miroir. Ainsi, mes œuvres renvoient la lumière, ton reflet et tout ce qui se trouve autour de toi. J’aime aussi jouer avec les formes, un peu comme si je faisais un puzzle. Ce que je préfère, c’est que chaque personne puisse voir quelque chose de différent.
Mes œuvres ne restent jamais complètement immobiles : elles bougent grâce à la lumière… et grâce à toi qui les regardes.
02/06
Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste.
Si je devais retenir un moment décisif qui a orienté mon parcours, ce serait certainement mes années d’adolescence. À cette époque, j’avais beaucoup de mal avec le système scolaire traditionnel, mais deux matières révélaient déjà quelque chose d’essentiel chez moi : les arts plastiques et le sport. C’est pour cette raison que mes parents m’ont inscrit à l’école Saint-Luc, en Belgique. Saint-Luc a été une révélation, une véritable immersion dans le monde artistique. Là-bas, j’ai eu des professeurs formidables, notamment une professeure d’histoire de l’art grâce à qui j’ai compris pourquoi les artistes créent. Ce qui m’a profondément marqué, c’est l’idée que beaucoup d’artistes cherchent à laisser une empreinte, une émotion, une lecture du monde qui traverse le temps. Cette notion m’a touché : créer pour témoigner de son époque. Très vite, l’abstraction m’a captivé. J’y voyais une forme d’absolu presque méditatif, des œuvres qui ne cherchent pas à représenter la réalité mais à provoquer une émotion, une vibration, une connexion intérieure et personnelle.
Un deuxième moment décisif est arrivé plus tard à Paris : ma rencontre avec Jérôme Arcay, sérigraphe reconnu ayant collaboré avec de nombreux grands noms de l’abstraction géométrique et cinétique. J’ai passé des heures dans son atelier à discuter, à observer son travail, à découvrir ses archives et à écouter ses anecdotes sur les artistes avec lesquels il avait travaillé, ainsi que sur les œuvres qu’il collectionnait. Cette immersion a renforcé ma sensibilité pour l’art cinétique, l’abstraction géométrique et l’art in situ. C’est dans cet atelier que j’ai réellement pris la mesure de l’importance de ce courant à travers des artistes comme Daniel Buren, Vera Molnár, Jesús-Rafael Soto, François Morellet, Carlos Cruz-Diez, Victor Vasarely, Julio Le Parc, Aurélie Nemours ou encore Yaacov Agam. Leur manière d’interagir avec l’espace, le spectateur et la lumière a profondément orienté ma démarche artistique. Aujourd’hui encore, ce souvenir demeure un véritable moteur.
03/06
Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres.
Si je ne devais garder qu’une seule de mes œuvres, ce serait sûrement la dernière que je réaliserai. Chaque pièce que je crée prolonge la précédente : mon travail évolue sans cesse, que ce soit dans les matériaux, les compositions ou ma manière d’explorer la lumière et le mouvement. Choisir la dernière œuvre, c’est reconnaître que l’art est un processus vivant, en constante transformation.
Cette pièce encore imaginaire représente pour moi l’aboutissement de ma recherche : la quête d’une expérience immersive où le spectateur ne se contente pas de regarder l’œuvre mais en devient un véritable acteur.
© Paul Gallaud
04/06
Si votre art avait un super-pouvoir.
Si mon art avait un super-pouvoir, ce serait celui d’offrir un véritable état de méditation : un moment suspendu où chacun peut se recentrer, se reconnecter à lui-même et retrouver son propre chemin intérieur. Mes œuvres jouent avec les reflets, le mouvement et les illusions optiques. Elles ne proposent jamais une seule lecture mais ouvrent plusieurs directions, plusieurs possibles. J’aime l’idée que, face à une même pièce, chaque personne ressente quelque chose de différent, comme si l’œuvre révélait une part intime de celui ou celle qui la regarde. Cette multiplicité invite naturellement à un regard attentif, calme, presque contemplatif.
Ce super-pouvoir reflète profondément ce que je cherche dans ma pratique : créer des espaces où l’on peut explorer, ressentir et exister librement. Dans un monde où tout s’accélère et où l’on manque d’instants pour souffler, j’aimerais que mes œuvres deviennent des repères méditatifs, des lieux intérieurs où l’on peut revenir à ce qui nous ressemble vraiment, à ce qui nous fait du bien. Si mon art pouvait offrir cela — un moment de pleine présence, un instant pour comprendre où l’on se sent le mieux — alors il aurait pleinement accompli sa mission.
05/06
Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre.
Malheureusement cette artiste est décédée. J’aurais aimé travailler avec la grande pionnière de l’art algorithmique Vera Molnár. Son travail me fascine par la manière dont elle a su concilier rigueur mathématique et sensibilité artistique en explorant l’abstraction géométrique et l’art génératif bien avant l’ère numérique. J’admire sa capacité à transformer des systèmes logiques et des formes simples en œuvres poétiques grâce à de subtiles perturbations.
Collaborer avec elle aurait été une opportunité incroyable d’apprendre à jouer avec l’ordre et le hasard, à donner vie à des structures géométriques tout en laissant place à l’imprévu. Sa démarche résonne profondément avec ma propre approche artistique, où je cherche à créer des œuvres qui invitent le spectateur à se perdre dans les formes, les mouvements et les illusions optiques. Travailler avec Vera Molnár aurait été pour moi un dialogue entre la précision et la poésie, entre la machine et l’humain, et une expérience unique pour enrichir ma pratique artistique.
06/06
Si vous aviez rédigé cette interview, quelle question vous seriez-vous posée ?
Je suis devenu artiste parce que créer est, pour moi, une manière authentique de laisser une trace de mon passage sur terre. L’art représente aussi un espace de liberté : un moyen d’expression très personnel, qui me permet d’explorer mes émotions, mes questions et de plonger dans une véritable introspection. Depuis tout jeune, j’ai toujours eu cette envie de créer, d’imaginer, de transformer. L’art me permet de garder cette part d’innocence et de curiosité qui m’accompagne depuis l’enfance. J’ai aussi besoin de travailler avec les techniques et les matériaux de mon époque. Explorer les procédés contemporains, jouer avec de nouvelles approches visuelles, c’est ma manière de dialoguer avec le monde d’aujourd’hui.
Être artiste, c’est surtout transmettre une émotion. En tant qu’esthète, j’essaie de créer des œuvres qui touchent, qui interpellent, qui résonnent. Chaque pièce devient un moyen d’exprimer ce que je ressens, ce que les mots ne suffisent pas toujours à formuler. Au fond, je suis devenu artiste pour exprimer, partager et laisser une empreinte — en restant fidèle à ce qui m’anime depuis toujours : la sensibilité, la précision et le plaisir de créer.
© Paul Gallaud
Paul Gallaud figure également dans le portfolio de notre magazine imprimé collector et est membre d’Opale Art. Nous le remercions de sa confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.


