© Markus Åkesson
Bonjour Markus, comment décririez-vous votre univers artistique?
Je décrirais mon univers artistique comme une réalité parallèle personnelle où les émotions humaines et la communication subconsciente occupent une place centrale. C’est un espace où les frontières entre la réalité et l’imaginaire se dissolvent, permettant aux symboles, aux expressions faciales et au langage corporel de raconter une histoire. Quand je peins, les bons jours, je glisse dans ce monde comme si j’entrais dans un bain chaud. Je me sens comme un explorateur, traçant les contours d’un paysage inconnu dans cet univers parallèle. L’acte de peindre devient un voyage de découverte.
Je crois savoir qu’un livre illustré par John Bauer occupait une place spéciale dans votre enfance?
Oui, les illustrations Art Nouveau de contes scandinaves de John Bauer occupent une place puissante dans ma mémoire. Je peux encore ressentir l’émerveillement qu’elles ont suscité en moi enfant. Les sombres forêts, les personnages énigmatiques… ce n’étaient pas seulement des illustrations, mais des portails vers un autre monde, à la fois magnifique et inquiétant.
Ce qui m’a peut-être le plus marqué, c’est la manière dont les peintures peuvent transporter une personne dans d’autres mondes, une idée qui m’impressionne encore aujourd’hui. J’ai grandi dans un environnement semblable à celui des illustrations de Bauer : des forêts de sapins denses, des rochers erratiques gigantesques. Cela explique probablement pourquoi ces images me semblaient si familières. Plus tard, dans mon travail, les bois sont devenus un symbole de l’ésotérisme et de l’au-delà.
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Être artiste était-il un choix évident pour vous? Pouvez-vous nous parler du chemin qui vous y a conduit?
Non, devenir artiste n’était pas une évidence, mais avec le temps cela est devenu inévitable. J’ai grandi dans la campagne suédoise, proche de la nature, sans aucune connaissance de la scène artistique. Très jeune, j’ai été attiré par la création, non pas pour chercher de la reconnaissance, mais parce que cela me permettait d’explorer d’autres univers.
Il n’y avait pas d’artistes dans ma famille, mais j’ai eu la chance de bénéficier d’un environnement favorable. J’ai passé des heures à dessiner, à expérimenter et à m’immerger dans des histoires et des mythes qui stimulaient mon imagination.
En tant que jeune adulte, j’ai travaillé dans des usines, mais je savais que ce n’était pas ma voie. L’industrie du verre est importante dans cette région, et, par hasard, je suis devenu apprenti graveur sur verre. Cela m’a ouvert les portes d’un environnement créatif. Plus tard, j’ai fréquenté une école préparatoire d’art, qui m’a donné une base, mais l’essentiel de mon développement s’est fait à travers une exploration solitaire. À cette époque, j’étais déjà parent, ce qui rendait une formation artistique formelle difficile. J’ai donc décidé d’organiser des expositions locales, de donner des cours du soir de peinture et de bâtir ma carrière par l’expérience pratique.
Et vous souvenez-vous de la première œuvre que vous avez présenté au grand public?
Oui ! Présenter son art pour la première fois est une étape délicate, non pas parce qu’elle demande du courage, mais parce qu’elle représente un moment intime de partage. Les artistes se demandent souvent si leur travail est suffisamment abouti ou développé. Pourtant, l’acte de montrer son œuvre est vital. Chaque pièce devient un maillon d’une chaîne, connectée à la phase suivante du processus. Les expositions, peu importe leur envergure, sont des étapes essentielles pour façonner l’identité d’un artiste. En y repensant, cette première peinture me semble être une graine dont je peux encore tracer une ligne directe vers ce sur quoi je travaille aujourd’hui. Elle est aussi un rappel de tout ce qui reste à explorer.
© Markus Åkesson
Une de vos premières expositions internationales a eu lieu en France, à la Galerie Da-End. Comment percevez-vous votre public français?
Le public français est ouvert, curieux et cultivé, tant sur les thèmes que sur les techniques artistiques. Leur engagement est réfléchi et sincère, ce qui crée une connexion significative avec l’œuvre.
À la Galerie Da-End, l’espace lui-même ressemblait à une extension de mon art : intime, stratifié et légèrement autre. C’était un changement rafraîchissant par rapport aux galeries classiques de type white cube, offrant un environnement qui résonnait profondément avec mes peintures. La galerie va s’endormir brièvement avant de renaître sous une autre forme, dans un nouvel espace. J’ai hâte de voir comment son esprit continuera à accueillir ses artistes.
Vous avez travaillé sur le mythe de Narcisse. Pourquoi ce thème vous inspire-t-il?
Le mythe de Narcisse me fascine parce qu’il parle de luttes à la fois intemporelles et contemporaines. Sur un certain plan, c’est une mise en garde contre la vanité. Mais sur un autre niveau, je pense que c’est une histoire plus délicate et poignante – sur la fragilité de l’identité, le besoin humain d’être vu, et le désir profond de connexion. Les figures voilées de la série Now you see me incarnent une dualité : elles sont à la fois présentes et absentes, révélées et dissimulées. Elles reflètent la tension entre le désir d’être remarqué et celui de disparaître, un espace psychologique qui m’intéresse beaucoup.
Je suis aussi fasciné par le phénomène de l’effet Stendhal, ces émotions écrasantes que certaines personnes ressentent face à une beauté artistique intense.
Cela me fascine de voir comment l’art peut transporter quelqu’un dans un autre état, presque comme dans un rêve. Narcisse, dans son auto-absorption, est piégé dans cet état, subjugué par la beauté de son propre reflet, incapable de s’en détourner ou d’avancer. Mes inspirations proviennent d’une large gamme de sources. Je puise souvent dans la mythologie, la littérature et le subconscient. Les rêves et les souvenirs fugitifs ou partiellement formés nourrissent également mes compositions.
© Markus Åkesson
Et quels messages souhaitez-vous transmettre à travers vos œuvres?
Je ne vois pas vraiment mon travail comme un moyen de délivrer un message mais plutôt comme une manière de poser des questions. Mon art est enraciné dans la curiosité, dans une tentative de comprendre le monde et l’expérience humaine à travers la création.
Il y a quelque chose d’intrinsèquement mystérieux dans le processus de création artistique. C’est comme si la peinture elle-même devenait un dialogue, non seulement avec le spectateur, mais aussi avec moi-même. J’aime laisser de la place à l’interprétation et à la découverte personnelle.
Pour conclure, pouvez-vous nous dire ce que vous pensez d’Opale Art? Et quel conseil donneriez vous à un artiste émergent cherchant à faire reconnaître son travail?
Le monde de l’art peut souvent sembler inaccessible à ceux qui ne font pas partie de ses cercles intérieurs, et des initiatives comme Opale Art aident à combler cet écart en rendant l’art contemporain accessible à un public plus large. Soutenir les artistes à chaque étape de leur carrière garantit que la diversité des voix dans le monde de l’art continue de croître, ce qui est essentiel pour sa richesse et sa pertinence.
Pour les artistes émergents, mon conseil serait de rester authentique. Il est tentant de suivre les tendances ou d’essayer de plaire au marché, mais l’art le plus convaincant vient d’un lieu d’honnêteté et de vision personnelle. Utilisez les réseaux sociaux. Cherchez des opportunités d’exposition, même à petite échelle, et utilisez ces expériences pour affiner votre art et votre voix. Aidez vos amis. Le plus important, c’est de trouver une manière de travailler ou un thème que vous aimez explorer. C’est une condition préalable pour entretenir l’énergie et la passion nécessaires pour créer chaque jour.
© Markus Åkesson
Retrouvez Markus Åkesson sur son site internet.
Lisez une interview plus longue de Markus Åkesson et d’autres œuvres de cet artiste dans Opale Art Magazine Contemporain numéro 02, disponible ici et en version digitale gratuite pour nos adhérents.


