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Œuvre abstraite à l’aquarelle et en noir et blanc de Kyoko Garabedian, inspirée par la nature et la philosophie wabi-sabi.
© Kyoko Garabedian

Née à Ichinomiya, au Japon, Kyoko Garabedian grandit dans un univers imprégné de couleurs et de textures. Fille d’un chef d’entreprise textile, elle découvre très jeune le raffinement visuel des tissus japonais, qui forge sa sensibilité artistique. Enfant, elle passe des heures à dessiner, bien que ses parents, fidèles à une certaine tradition, l’encouragent à suivre une voie plus conventionnelle. Après des études de lettres et un début de carrière dans l’enseignement, elle cède finalement à son besoin d’expression artistique. D’abord illustratrice à Tokyo, elle s’installe à Paris il y a plus de vingt-cinq ans. Ce changement de vie marque un tournant : elle y découvre la liberté de créer pour elle-même, sans contrainte ni commande, en se tournant vers une abstraction intime et sensible.

Nature, mémoire et minimalisme

Kyoko Garabedian construit des paysages abstraits nourris de ses voyages et de ses émotions. Entre la métropole et la Martinique, où elle séjourne plusieurs mois par an, elle puise dans la nature une source constante d’inspiration : une lumière, une silhouette, une sensation fugace deviennent les points de départ d’une composition. Elle peint à partir de souvenirs visuels, de fragments de sensations, mais accepte aussi l’inattendu. L’eau, les pigments, le geste — tout échappe parfois au contrôle, et elle choisit de suivre ce mouvement. Ses œuvres naissent ainsi dans un équilibre subtil entre intention et accident, dans un espace où l’aléatoire devient poétique. Ce rapport à la matière rejoint une esthétique du dépouillement : influencée par le wabi-sabi et la philosophie zen, elle privilégie les formes simples, les tons doux, les compositions aérées. Elle cite parmi ses influences Paul Klee, Rothko ou Sam Lock, tout en affirmant un langage propre, à la croisée de la peinture japonaise et de l’abstraction occidentale.

Créer une respiration dans le monde

Peindre, pour Kyoko Garabedian, c’est créer un instant de calme dans le tumulte. Elle cherche à transmettre un peu de douceur, de lumière, d’harmonie. Ses œuvres ne cherchent pas l’effet, mais l’écoute. Elles sont là pour offrir une pause, une respiration. En laissant place aux accidents, aux irrégularités, elle revendique une approche profondément vivante de la peinture. Chaque toile est une trace d’un moment, une manière d’habiter le monde sans chercher à le dominer. En cela, sa démarche rejoint une forme d’éthique sensible : celle de regarder, de ressentir, d’accueillir. Ses œuvres témoignent d’un parcours marqué par la patience, l’écoute et l’éveil. Entre racines japonaises et influences françaises, Kyoko Garabedian trace une voie discrète et lumineuse, où chaque tableau devient une forme de présence silencieuse.

01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant…

Je lui dirais… Tu sais, je vois le monde un peu différemment, sans essayer de mettre les choses dans des cases ou de décider à l’avance ce qui est beau ou non. Pour moi, c’est important d’avoir un esprit souple, ouvert, comme un grand champ où tout peut exister librement. Et dans ma peinture, j’essaie de créer quelque chose d’unique au monde, quelque chose qui n’existe nulle part ailleurs.
C’est pour cela que j’aime l’art abstrait. Il me permet d’exprimer ce que je ressens sans limites, de transformer mes émotions en couleurs et en formes, et de donner naissance à une beauté qui n’obéit à aucune règle. Quand j’étais enfant, j’aimais rêver, inventer des mondes imaginaires. Aujourd’hui encore, je garde cette âme rêveuse. À travers ma peinture, j’essaie d’apporter un peu de joie, de réconfort et de sérénité, comme si j’invitais ceux qui regardent mes œuvres à entrer dans mon univers.
J’aime peindre à l’aquarelle. L’eau est une compagne fascinante : elle coule où elle veut, éclabousse comme un feu d’artifice, se fond doucement avec les couleurs. Parfois, j’ajoute du sel sur ma peinture… Et là, quelque chose de magique se produit : les pigments se dispersent, créant des textures inattendues, comme des étoiles qui naissent dans le ciel. Peindre, c’est un acte fantastique !
02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste…

Depuis mon enfance, j’ai toujours aimé dessiner. Passer du temps avec mes crayons et mes pinceaux me rendait profondément heureuse, et très tôt, j’ai su que je voulais devenir artiste.
Un moment décisif s’est produit lorsque j’ai participé à un concours d’affiches pour un grand magasin situé au bord de la mer, au Japon. Je n’ai pas remporté le premier prix, mais j’ai reçu le prix de popularité, décerné par le vote du public. C’était un véritable déclic : comprendre que mon travail pouvait toucher les gens m’a donné confiance en moi et m’a confortée dans mon désir de suivre cette voie artistique.
Pour ce concours, j’avais peint des vagues et un jet d’eau jaillissant de la mer — une œuvre abstraite, sans en avoir pleinement conscience à l’époque. Ce tableau, à la fois spontané et intuitif, s’est révélé prémonitoire : bien que je sois ensuite devenue illustratrice, cette première expérience annonçait déjà mon futur engagement dans l’art abstrait.
Après de nombreuses années passées à répondre à des commandes et à créer sur des thèmes imposés, j’ai ressenti le besoin de plus de liberté. J’aspirais à un espace d’expression plus personnel, où je pourrais transmettre mes émotions sans contraintes.
L’image de cette première peinture est toujours restée dans un coin de ma mémoire. Elle m’a accompagnée et inspirée dans ce nouveau chapitre de ma vie artistique, marqué par l’envie de créer autrement, en explorant un langage pictural qui me ressemble profondément.
03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres…

Ce serait celle-ci : Goodbye My Love.
Depuis quelques années, je passe presque la moitié de l’année en Martinique. Être loin de chez moi me plonge parfois dans une douce mélancolie. Face à cette nature grandiose, à la fois sublime et bouleversante, des souvenirs douloureux remontent à la surface : les séparations, la perte de mon père, d’amis partis trop tôt… C’est dans ces moments-là que j’ai ressenti le besoin de créer une œuvre qui puisse à la fois me consoler et apaiser mon esprit.
J’ai voulu peindre quelque chose de délicat, une composition épurée où les tons de bleu et de blanc se fondent, créant une atmosphère éthérée et contemplative. Une œuvre où la simplicité et la beauté brute des formes et des couleurs capturent un instant fugace, fragile… comme la vie elle-même.
Dans la philosophie du wabi-sabi, on cherche à apprécier la beauté éphémère, à accepter l’imperfection et la simplicité des choses naturelles. C’est une manière d’éprouver de petites joies, même au cœur des épreuves. À travers Goodbye My Love, j’ai voulu transmettre ce sentiment de calme et de sérénité, une invitation à la douceur, pour ceux qui en ont besoin… y compris moi-même.
Œuvre d’art contemporain aux tons bleus, signée Kyoko Garabedian, entre sérénité et contemplation.
© Kyoko Garabedian
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir…

Si mon art avait un pouvoir, j’aimerais qu’il puisse transporter les gens dans un monde un peu magique, un monde paisible, où ils pourraient respirer profondément et oublier, ne serait-ce qu’un instant, les soucis et les difficultés du quotidien.
J’aimerais que mes œuvres offrent un moment de calme, comme lorsqu’on regarde la mer et que l’on se sent apaisé sans trop savoir pourquoi. J’aimerais aussi qu’elles éveillent la curiosité, qu’elles ouvrent l’imaginaire. Que ceux qui les regardent voient les choses autrement, laissent vagabonder leurs pensées, trouvent de nouvelles façons de ressentir ou de comprendre le monde.
Si c’était possible, j’aimerais que mon art puisse apporter un peu de joie. Même si ce n’est qu’un petit plaisir, un sourire léger, une sensation agréable… ce serait déjà beaucoup. J’aimerais aussi qu’il donne du courage. Que mes œuvres rappellent qu’il n’est pas grave de tomber ou d’échouer, car il y a toujours une lumière quelque part, même discrète. Il suffit parfois d’un détail, d’une couleur, d’une émotion pour retrouver confiance.
Et puis, j’aimerais que mon art aide les gens à ressentir de la douceur. Une douceur qui donne envie d’être plus compatissant, plus attentif aux autres, de s’entraider simplement, sans jugement. Peut-être que ce souhait vient de mon propre parcours, de cette envie, toujours présente, de créer un espace de réconfort, de poésie et de lien.
05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre…

Ce n’est pas facile de choisir une seule personne, car j’admire profondément de nombreux artistes issus de différents domaines. Mais si je devais faire un choix aujourd’hui, ce serait Tadao Ando, l’architecte japonais connu pour son utilisation magistrale du béton, de la lumière et de l’ombre.
Son travail me touche particulièrement. À travers des surfaces en béton brut, il crée des jeux subtils de lumière et d’ombre qui transforment l’espace en un lieu de silence et de sérénité.
Lorsque je suis arrivée en France, j’ai mis de côté une partie de ma culture japonaise pour mieux m’intégrer. Mais ces dernières années, je ressens le besoin profond de me reconnecter à mes racines. Et l’œuvre de Tadao Ando incarne parfaitement ce lien entre modernité et tradition japonaise.
Ce qui m’inspire aussi, c’est son parcours : autodidacte, il est devenu un maître mondialement reconnu, sans jamais trahir ses valeurs ni sa vision artistique. Il a dit un jour : « Je ne crois pas que l’architecture doive trop parler. Elle doit rester silencieuse et laisser la nature s’exprimer sous la forme de la lumière du soleil et du vent. » C’est une pensée que je partage profondément en tant qu’artiste.
Dans un monde où les enjeux environnementaux sont de plus en plus pressants, son approche architecturale — en dialogue avec la nature — offre une vision poétique et responsable. Elle montre que l’art et l’architecture peuvent coexister avec la nature, voire en être le prolongement. C’est exactement ce que je cherche à exprimer dans ma propre démarche artistique : une beauté simple, silencieuse et en harmonie avec ce qui nous entoure.
Si un jour j’avais la chance d’exposer mes œuvres dans un espace conçu par lui, ce serait comme voir un rêve prendre forme dans la lumière.
06/06

Si vous aviez rédigé cette interview… quelle question vous seriez-vous posée?

Si j’avais pu rédiger cette interview, j’aurais aimé qu’on me pose cette question : « Pourquoi peignez-vous ? » C’est une question que je me pose moi-même de temps en temps. Et aujourd’hui, je crois que je peux répondre ceci : je peins parce que c’est pour moi un moyen d’exprimer librement ce que je ressens, de donner forme à mes pensées et surtout de montrer qui je suis — sans masque, sans fioritures.
Créer quelque chose qui n’existe pas encore est à la fois difficile… et fascinant. Il y a des jours où je me sens triste, inutile, pleine de doutes — et d’autres où je suis pleine d’enthousiasme, heureuse, comme portée par quelque chose de plus grand. Mes œuvres sont un peu comme mes enfants imaginaires. Je les aime profondément… mais parfois, elles m’agacent aussi ! (rires)
Je crois que la beauté est partout. La vraie question, c’est : comment puis-je l’interpréter, la composer, la traduire en une œuvre qui puisse toucher le cœur du monde ?
Je suis en quête permanente de nouveauté, tout en cherchant à rester fidèle à mon style. Je n’aime pas rester figée, je ressens le besoin d’avancer, d’évoluer, d’accueillir le changement. C’est aussi une façon pour moi d’accepter l’impermanence et d’apprendre, petit à petit, à lâcher prise.
Je suis passionnée par mon travail. Mais comme beaucoup d’artistes, je doute parfois. Je me demande si ce que je fais est « assez bien ». L’art est tellement subjectif… et je sais qu’il y aura toujours des personnes qui ne seront pas sensibles à mon univers. Mais chaque fois que quelqu’un me dit que mon œuvre lui a fait du bien, qu’elle l’a touché, apaisé ou émerveillé, c’est un véritable cadeau. Cela me donne le courage de continuer, de rester sur ce chemin. Peindre, c’est l’essence même de ma vie.
Peinture contemporaine de Kyoko Garabedian mêlant douceur, lumière et minimalisme poétique.
© Kyoko Garabedian

Kyoko Garabedian figure également dans le portfolio de notre magazine imprimé collector et est membre d’Opale Art. Nous le remercions de sa confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.