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cyanotype foetus Lucie Jastrzebski
© Lucie Jastrzebski
01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant…

Je dirais assez simplement que je fais des photos bleues. Le cyanotype a été inventé en 1842 par un astronome britannique, John Herschel. Cela dit, la technique n’a pas servi qu’au développement de photographies. À la même période, la botaniste Anna Atkins utilisait le cyanotype pour confectionner des herbiers. Il lui suffisait de sensibiliser du papier et d’apposer la végétation dessus puis de l’exposer au soleil. Ainsi, les silhouettes des fleurs et des feuilles s’imprimaient sur la surface. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes utilisent toujours cette façon de faire pour réaliser des œuvres. Quant à moi, c’est quelque chose que je ne sais pas faire. J’ai d’abord essayé comme ça, bien sûr, mais je n’y ai pas trouvé mon intérêt, je n’ai pas cette fibre artistique en particulier. C’est la photographie pure et dure qui me parle. Pour autant, je n’ai jamais essayé de développer moi-même en argentique. Le cyanotype est une méthode abordable et plutôt facile, c’est idéal quand on a la flemme et pas de chambre noire

02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste…

Je suis une personne très cartésienne et je m’efforce à le rester. Je ne vois pas (et n’ai jamais vu) mon art comme quelque chose d’extraordinaire. La photographie et son développement, quel qu’il soit, sont une simple combinaison chimique, physique et mathématique. Matières dans lesquelles j’ai toujours été très nulle à l’école par ailleurs. Et selon moi, les images que je propose sont le résultat d’un certain sens de l’observation. Parfois j’assemble des choses par collage et photomanipulation parce que je fonctionne par association d’idées. Je peux aussi juste trouver ça drôle ! Je dois toutefois être honnête, l’art dans sa grande largeur a toujours fait partie de ma vie. J’ai passé mon enfance et mon adolescence à être obsédée par la haute couture. Je voulais en faire mon métier jusqu’à ce que je comprenne que de telles études ne seraient pas possibles : trop grand, trop loin, trop cher. J’ai longtemps dessiné pour complètement arrêter, j’écris depuis de longues années et c’est ma deuxième passion avec la photographie. Mais la photographie n’a jamais été un sujet parce que ma mère m’a mis un appareil photo dans les mains dès l’âge de 8 ans. Elle-même avait son Minolta sur elle en permanence. Elle pratiquait la photo du quotidien, aussi chaque étape de la vie de ma famille est en image. Je suis la même voie depuis trente ans mais j’ai pris un virage plus artistique depuis quelques années. Tout ça pour dire que je ne pense pas avoir vécu un moment décisif en particulier, tout s’est fait de manière assez naturelle. J’ai toujours voulu être une artiste et je me suis bien souvent entourée de gens comme moi. Cependant, sans ma dernière période de chômage et la volonté de mon conseiller Pôle Emploi à me caler dans un stage de création d’entreprise il y a quelques années, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui. C’est très pragmatique.
03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres…

Cette question est compliquée parce que je me lasse très vite de mes photos. J’ai ce petit côté extrême qui me fait dire qu’en cas d’incendie, je ne chercherais même pas à sauver mon portfolio. Je penserais éventuellement à prendre mon classeur de négatifs… Je fais des images et advienne que pourra. Je propose, les autres disposent.

cyanotype autoportrait Lucie Jastrzebski Lucidoscope
© Lucie Jastrzebski
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir…

J’aimerais pouvoir être invisible dès que je le décide. On peut absolument tout faire en étant invisible. Tout est gratuit, tout est accessible et en plus on nous fiche la paix. Je ferais vraiment beaucoup de choses sans avoir à rendre de comptes et j’en profiterais pour distribuer un peu de justice çà et là. Quand on prend le temps d’y réfléchir, être invisible est un champ de possibilités infinies. À ne pas laisser entre les mains de n’importe qui, bien entendu. Je suis une personne très politisée, j’ai une sainte horreur des absurdités qui vont à l’encontre du vivre ensemble, qui empêchent les être humains de s’accomplir sous prétexte qu’il faudrait évoluer sous un modèle unique. Alors oui, être invisible m’aiderait peut-être à éviter le passage d’une loi liberticide, à empêcher un quelconque-phobe de sortir de chez lui et je joindrais l’utile à l’agréable en me faisant enfermer au Louvre toute une nuit.

05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre…

Ce serait David Bowie. Alors oui, d’accord, il est mort, mais faisons comme si ce n’était pas le cas. Je suis fan de lui depuis l’adolescence et je ne sais pas du tout ce qu’on pourrait faire ensemble mais je saurais compter sur son esprit brillant. Plus sérieusement, j’évolue dans une radio associative locale depuis 2015 et j’ai pu animer une émission culturelle pendant quelques saisons. J’ai donc eu l’occasion de rencontrer et interviewer des artistes que j’apprécie énormément tels que Fishbach et Girls In Hawaii par exemple. La position d’intervieweuse est difficile mais moins que celle d’interviewée (rires…). J’ai toujours aimé comprendre comment un artiste travaille, et pourquoi ces décisions, tout en faisant une analyse d’œuvre. C’est toujours passionnant. J’adore la musique et je crois que j’aimerais bien réaliser l’artwork du disque de quelqu’un, un jour.

06/06

Si vous aviez rédigé cette interview… quelle question vous seriez-vous posée?

Alors que la discipline étonne toujours un peu, on ne m’a jamais demandé ce que je peux bien trouver de si spécial à la photographie ancienne. La généalogie m’intéresse beaucoup et j’ai une photo de mon arrière-grand-mère qui date des années 1930 dans mon bureau. J’ai souvent besoin de comprendre pourquoi les choses sont telles qu’elles sont, connaître leurs origines. Et puis la photographie est toujours la témoin d’une époque, à l’instar de la peinture.

cyanotype Amsterdam Lucie Jastrzebski Lucidoscope
© Lucie Jastrzebski