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Oeuvre de Lara Zankoul, artiste photographe surréaliste, représentant deux femmes sous l'eau avec un ciel orageux
© Lara Zankoul

Article mis à jour en juin 2025 : Lara ZANKOUL publie Voyage, une rétrospective sensible de dix ans de photographie mise en scène. De son parcours en économie à sa carrière artistique internationale, elle y retrace une décennie de création entre réalité et imaginaire. Collaboratrice de Vogue Arabia et Harper’s Bazaar Arabia, Lara mêle émotions, couleurs et narration visuelle dans un livre enrichi de croquis et réflexions personnelles. Opale Art lui adresse ses félicitations et renouvelle sa gratitude : elle fut l’une des premières artistes internationales à accepter de signer la couverture de lancement de notre magazine.

Site officiel : larazankoul.com

Bonjour Lara, comment décririez-vous votre univers artistique? 

Je dirais que mon univers est un mélange de surréalisme et de symbolisme. J’y explore souvent les frontières entre la réalité et l’imagination. C’est un lieu où les émotions prennent forme physique, et dans lequel chaque détail a une signification plus profonde. 

Je crois que mes photographies reflètent mon monde intérieur, ma curiosité, mon introspection et mon besoin de créer de la beauté à partir de la complexité. Elles reflètent ma personnalité dans la manière dont elles oscillent entre le ludique et l’introspectif, tout en laissant toujours de l’espace pour l’interprétation du spectateur.

Devenir photographe était-il un choix évident pour vous ou avez-vous envisagé une autre carrière? 

Non, la photographie n’était pas mon chemin initial. J’ai d’abord étudié l’économie, mais j’ai toujours eu un profond intérêt pour la narration visuelle. Ce n’est que lorsque j’ai découvert la magie de la photographie que j’ai ressenti que c’était le bon médium pour exprimer mes idées.

Je ne me souviens pas vraiment d’un moment précis ou cela s’est imposé à moi, mais c’est progressivement que la création d’art qui représente visuellement des concepts et des émotions abstraits m’a captivée. C’est sans doute pourquoi j’ai vécu mon passage à la photographie comme une évolution naturelle de mon désir de raconter des histoires de manière non verbale et puissante.

Oeuvre de Lara Zankoul, artiste Libanaise surréaliste représentant un intérieur inondé.
© Lara Zankoul

Vous souvenez-vous de la première photographie que vous avez prise? Et comment en parleriez-vous aujourd’hui?

Oui, je m’en souviens très bien ! C’était un autoportrait pris sur le toit de mon immeuble. À l’époque, j’expérimentais et cherchais comment exprimer visuellement mes pensées et mes émotions. Cette photo m’a semblé être une petite mais significative percée. 

En la regardant maintenant, je la vois comme le début de mon parcours, un moment où j’ai commencé à explorer les possibilités de la photographie comme moyen d’expression personnelle. Elle est brute et imparfaite, mais elle marque le début de mon exploration de la création d’images qui se connectent profondément à mon monde intérieur.

Au fil des années, vous avez su développer un monde bien à vous. Où trouvez-vous votre inspiration?

Mon inspiration vient d’un mélange de vie quotidienne et de paysages émotionnels que nous traversons tous. Je suis particulièrement attirée par des concepts comme l’identité, le comportement humain, et le subconscient. 

La nature et les rêves jouent également un grand rôle dans l’émergence de nouvelles idées. Parfois, une seule pensée peut évoluer en un concept complet. J’aime aussi explorer différentes formes d’art comme la littérature, le cinéma, ou la musique qui m’inspirent souvent et me font voir les choses sous des perspectives différentes.

Une femme en tenue de soirée dans les tons jaune sous l'eau avec un ciel au ton orangés.
© Lara Zankoul

Comment passez-vous du concept à l’image finale, et quel message souhaitez vous transmettre dans votre démarche?

Mon processus commence généralement par une idée centrale ou une émotion que je veux explorer. Je dessine le concept et planifie soigneusement la composition et les éléments dont j’aurai besoin. Depuis mes premiers travaux, créer tout dans la réalité, construire des décors et fabriquer des accessoires a été important pour moi parce que cela donnait à l’œuvre un sentiment tangible, fait à la main. Bien sûr ma pratique a évolué avec la technologie et je me suis ouverte à l’expérimentation avec des outils numériques et des éléments 3D comme nouveau médium. Cependant, dans ma pratique photographique, je reste fidèle à la création de décors réels.

Mon art est une invitation pour les spectateurs à remettre en question leur réalité et à explorer les couches invisibles de l’existence humaine. Mon objectif est de créer des espaces où les gens peuvent projeter leurs propres émotions et leurs interprétations. Il n’y a pas de message unique, j’espère plutôt provoquer la réflexion et offrir un espace à l’introspection. En fin de compte, je dirais qu’il s’agit pour moi d’encourager une connexion plus profonde avec soi-même et avec le monde qui nous entoure.

Vous travaillez également pour des magazines renommés. Comment abordez-vous cela et quelle collaboration vous rend la plus fière?

Bien sûr quand je travaille sur des commandes, le processus devient plus collaboratif. Il implique des contributions de différentes parties prenantes comme les éditeurs ou les designers de mode. Alors que ma pratique artistique est plus introspective et personnelle, le travail éditorial consiste à trouver un équilibre créatif entre ma vision et les besoins du projet. 

L’une des collaborations dont je suis la plus fière est un nouvel éditorial pour Vogue Arabia, où j’ai pu mélanger mon esthétique surréaliste avec le concept de l’éditorial, créant des images qui étaient fidèles à la fois à mon style et à l’identité de l’équipe.

Photographie de mode pour le magazine Vogue, une femme habillée de noir représentant une sirène est dans un grand réservoir d'eau vitré.
© Lara Zankoul

En tant qu’artiste autodidacte, votre parcours est une grande source d’inspiration. Quel conseil donneriez-vous à un artiste de l’ombre qui n’ose pas encore présenter son travail? 

Ce serait de faire confiance à sa vision et de sauter le pas pour partager son travail. Tout le monde commence quelque part, et c’est en présentant votre art au monde que vous commencez à grandir et à affiner votre voix. N’ayez pas peur des retours, c’est une partie importante du processus. Une erreur à éviter serait d’essayer de plaire à tout le monde ou de se conformer à un moule particulier. Restez fidèle à votre style et laissez votre travail refléter votre vous véritable. Et la constance et la persévérance sont essentielles!

Pourriez-vous nous conseiller un de vos compatriotes artistes, et avec quel modèle aimeriez-vous travailler?

Oui ! Je recommanderais d’explorer le travail de Zena Assi. Sa capacité à capturer la tension entre les espaces urbains et les émotions humaines est remarquable. Ses œuvres reflètent souvent les complexités de la vie à Beyrouth, et elle traduit cette énergie en récits visuels puissants qui résonnent profondément.

Et j’adorerais travailler avec Tilda Swinton. Pour sa capacité à se transformer et à incarner différentes personnalités qui est incroyablement inspirante. Je pense qu’elle serait la collaboratrice parfaite pour créer un monde surréaliste et onirique. Sa présence unique ajouterait une de la profondeur et une touche de mystère à la narration que je voudrais exprimer à travers ma photographie.

Gros plan sur un visage d'eau maquillé et portant des boucles d'oreilles. Le visage est à moitié submergé.
© Lara Zankoul

Merci Lara pour cet entretien. Pour conclure, qu’aimeriez-vous partager avec nous?

Merci à vous pour l’opportunité de partager mon parcours. J’aimerais profiter de ce moment pour souligner le lancement de mon site web, où je propose une sélection de mes tirages en édition limitée. C’est un projet sur lequel je travaille depuis longtemps, et je suis ravie de le partager avec tout le monde.

Et je veux vous encourager à continuer de soutenir les arts, surtout en ces temps difficiles. L’art a le pouvoir de nous connecter, et c’est quelque chose qui peut apporter de la lumière même dans les moments les plus sombres.