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peinture de Sandra Fourny
© Sandra Fourny

Originaire de Nantes, Sandra Fourny débute son chemin de vie hors des sentiers académiques de l’art. Infirmière de formation, spécialisée dans l’accompagnement de fin de vie, elle inscrit d’abord son engagement dans le soin, le lien et la présence à l’autre. Son attrait pour les arts, nourri dès l’enfance par son père, ne s’éteint pas : elle suit une formation en musicothérapie, puis consacre douze années à se former aux pratiques picturales tout en exposant régulièrement.

Des ateliers de la Gobinière à ceux du peintre Marc Gratas, son apprentissage se construit pas à pas. En 2017, elle s’émancipe des cadres de transmission pour affirmer une démarche personnelle, libre et sensible. Depuis 2019, elle se consacre entièrement à la peinture. Expositions, salons, résidences et performances ponctuent son évolution. En 2022, elle rejoint un cycle de formation auprès de La Condamine, affirmant la professionnalisation de son activité.

Une peinture habitée par la lumière et le mouvement

Sandra Fourny peint à l’huile, qu’elle choisit pour sa sensualité, sa texture et la lenteur qu’elle impose. Elle y trouve un terrain d’exploration infini pour capter l’évanescence, les nuances, les sensations. Son geste, à la fois fluide et instinctif, oscille entre abstraction et figuration poétique. Elle cherche moins à décrire qu’à suggérer, à effacer les contours pour laisser affleurer un paysage intérieur.

Ses références sont celles d’artistes qui ont su conjuguer couleur, lumière et matière : Nicolas de Staël pour son abstraction paysagère, Zao Wou-Ki pour sa gestuelle, William Turner pour ses transparences et son sens du sublime. À leur suite, elle privilégie l’émotion du regard, la résonance intime.

Sur ses toiles, la couleur devient atmosphère, les glacis successifs révèlent une profondeur vibrante. Elle compose ses propres teintes et utilise, au-delà du pinceau, des couteaux ou des objets du quotidien. Dans ce rapport à la matière, elle revendique l’accident, la coulure, le lâcher-prise. C’est dans ce déséquilibre assumé que naît la justesse

Peindre le réel sans le figer

Sandra Fourny évoque une figuration qui émerge de l’abstraction, une forme de réel non réaliste. Sa peinture s’enracine dans la nature, les saisons, les émotions. Loin de toute narration descriptive, elle ouvre un espace de perception, une zone poreuse où la frontière entre visible et invisible s’estompe.

Ses œuvres invitent le regardeur à un voyage intérieur. Chaque toile devient une surface de projection, une vibration silencieuse qui révèle, en creux, quelque chose de soi. Elle parle d’un réel sensible, fragile, traversé de lumière. Un réel non pas à saisir, mais à ressentir.

Dans une époque saturée d’images, Sandra Fourny propose un ralentissement. Une peinture qui respire, qui accueille, qui permet de s’arrêter, de contempler, de se laisser traverser.

01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant…

Je ne lui dirais rien dans un premier temps, je le laisserais faire son tour d’atelier, se laisser interroger ou attirer par une toile, et je lui demanderais les raisons de son choix, ce qu’il y voit. Nous pourrions ensemble laisser filer notre imagination, afin qu’il puisse prendre conscience et garder en mémoire que l’art génère des émotions, qu’il n’y a pas de bien ou de mal, de beau ou de laid, que tout est possible et sans jugement aucun. Je lui dirais mes mondes imaginaires et peut-être que lui aussi pourrait me confier les siens. L’art est un espace de liberté, de communication, d’observation et d’émotions perçues.

Un de mes petits-enfants, Gabriel, a dit dernièrement face à une de mes toiles sur l’Islande, à la question « pourquoi est-ce ta préférée ? » : « J’aime être devant, j’aime le bleu, et ça me fait du bien de la regarder. »

02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste…

Enfant et adolescente, comme beaucoup, j’ai peint, accompagnée des conseils de mon père. Il m’emmenait voir les expositions et nous échangions sur ce que nous percevions. Nous jouions à qualifier les couleurs, à palabrer sur leur composition ! La couleur et la peinture ont rapidement été au centre de ma vie. À neuf ans, mes parents m’ont offert mon premier appareil photo. Mon regard sur le monde fut alors sollicité différemment.

Jeune adulte, la peinture est alors passée au second plan. J’ai développé activement la pratique du chant et de la musique, et ma formation de musicothérapeute a suivi. La peinture fit son retour dans ma vie à mes quarante ans, suite à un problème de santé chronique qui m’empêchait de marcher. Elle me permit de ne pas sombrer dans une profonde dépression. Elle habillait mes journées de liberté, puisque le corps était enfermé par l’immobilité. Depuis cette période, plus de vingt ans maintenant, la pratique artistique ne m’a plus quittée et a pris toute sa place dans ma vie.

03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres…

Cette œuvre, « Nocturne », n’est pas forcément ma toile préférée d’un point de vue pictural, mais elle représente un moment très particulier. Elle a été créée lors d’une performance sur scène, dans un théâtre à l’italienne, lors d’un concert lyrique intitulé « Le voyage d’un peintre, pinceau, marteau et voix ». J’ai toujours eu un certain goût pour les challenges… Habituellement, j’aime peindre en solitaire, dans le silence ! Tout le contraire de ce contexte. Envie d’un lâcher-prise, avec une improvisation de travail pictural et quelques moments scéniques. De plus, j’ai réalisé ce spectacle avec deux amis d’enfance, Françoise Galais, chanteuse lyrique et metteur en scène, et Fabrice Boulanger, pianiste et compositeur. Un souvenir marquant.

peinture de Sandra Fourny
© Sandra Fourny
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir…

Je souhaiterais que mon super-pouvoir puisse donner à chacun la possibilité de se téléporter dans d’autres espaces que celui où nous nous trouvons. Aller dans des lieux imaginaires, comme une invitation au rêve. Enfant lunaire, sans doute en ai-je gardé des habitudes. Ma pratique picturale est souvent entre abstraction et figuration non représentative, une figuration qui naît de l’abstraction. Ne jamais s’enfermer dans une reproduction du réel pour garder ce sentiment de liberté si présent lorsque je peins.

Autre souhait : la nature est pour moi une source inépuisable d’inspiration. Ma peinture est paysagère, mêlant ma perception entre microcosme et macrocosme. Ce que dit ma peinture, c’est l’émotion de sa contemplation et non sa représentation exacte. Quelques-unes de mes toiles expriment mes inquiétudes face aux dérèglements climatiques. L’art est un outil de sensibilisation. J’ai le désir qu’en exprimant à travers ma peinture ces thèmes, mes propos puissent être entendus et le rôle de chacun puisse émerger.

En 2024, j’ai fait une exposition sur l’Islande. La fonte des glaciers me préoccupe. Interpeller le public sur cette beauté sauvage, sa fragilité et notre responsabilité à la protéger était un de mes objectifs. La beauté de la glace disparaît sous nos yeux, mettant en danger la vie sauvage ainsi que la planète entière. Vivant proche de l’océan, je constate également l’érosion et le recul des côtes, ainsi que les tempêtes qui se succèdent à un rythme jamais vécu. Les risques de submersion m’ont inspiré des toiles, de même que la pollution de nos océans. La perte de biodiversité me touche, sensible au vivant depuis toujours.

Tous ces enjeux affectent ma vision artistique et ce que je souhaite exprimer à travers la peinture. Je suis souvent tiraillée entre l’expression de la simple beauté que nous offre la nature — état qui me comble et m’émerveille — et les défis environnementaux qui m’amènent à créer des toiles moins positives que ma vision première.

05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre…

Je suis nostalgique de ces regroupements d’artistes qui faisaient école aux XIXe et XXe siècles. Le foisonnement d’expériences, d’échanges de pratiques et de ressentis créait des amitiés fortes entre peintres. Aujourd’hui, faire sa place dans le milieu artistique est difficile, chacun est frileux à communiquer ses informations. Si la solitude m’est essentielle pour créer, le partage m’est tout aussi indispensable. Exposer mes œuvres, échanger avec d’autres artistes et amateurs d’art me permet de confronter mon travail au regard extérieur, de recevoir des critiques constructives et de m’enrichir de nouvelles perspectives. Ces moments de partage sont essentiels à mon évolution artistique.

06/06

Si vous aviez rédigé cette interview… quelle question vous seriez-vous posée?

Ma question serait : « Quels sont vos souhaits pour l’avenir ? » J’émets le souhait de pouvoir, dans le futur, participer à des projets collaboratifs, et pourquoi pas sur les enjeux environnementaux. J’ai confiance en l’art dans sa fonction sociale, comme vecteur d’expression pour ce sujet crucial. Et le top du top serait d’avoir l’opportunité de créer de très grands formats, exposés dans de vastes espaces adaptés. Je pourrais ainsi libérer ma créativité par une gestuelle plus importante, « rentrer dans la toile » et faire corps avec elle.

peinture de Sandra Fourny
© Sandra Fourny

Sandra Fourny figure également dans le portfolio de notre magazine imprimé collector et est membre d’Opale Art. Nous le remercions de sa confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.