© Patricia Cunha & ImpactPlan
Bonjour Patricia, pouvez-vous nous parler de votre parcours et de comment l’art contemporain est entré dans votre vie ?
J’ai étudié le marketing et la publicité, et j’ai travaillé dans l’industrie de la mode. Mon lien avec l’art et la couleur remonte à l’enfance. Je vivais dans un très petit village, sans Internet et la télévision ne proposait que deux chaînes. J’ai donc beaucoup lu et exploré les environs. J’ai toujours été créative et ma famille m’a encouragée à l’être. J’aimais expérimenter la peinture, la couture, la construction d’objets… Je n’ai jamais pensé devenir artiste, mais la vie m’a lentement conduite sur cette voie. Je n’ai jamais dit non aux opportunités qui se présentaient et j’ai travaillé dur pour me réinventer jusqu’à ce que je trouve ma véritable mission : colorer la vie des gens !
Comment s’est passé le dévoilement de votre première œuvre au public?
Une de mes premières œuvres consistait à décorer des arbres, des bancs publics et des jardins. À l’époque, j’y ai mis beaucoup d’efforts et impliqué ma famille et mes amis. Ma grand-mère et ma mère ont beaucoup cousu et crocheté pour m’aider à concrétiser mes créations !
Au début, il a été très décevant de voir à quelle vitesse les gens volaient ou abîmaient les installations artistiques. J’aurais pu abandonner, car mon travail ne restait pas visible longtemps. Mais c’est une des raisons principales qui m’ont amenée à créer des cieux. Ainsi les gens peuvent observer l’œuvre, sans l’atteindre. Cela a été un processus d’apprentissage qui m’a conduit au projet Umbrella Sky. Et dès que l’installation artistique a été montée, en étant sous les parapluies, j’ai senti que tout prenait sens : les couleurs, les sensations, même le petit bruit que faisaient les parapluies en bougeant avec le vent…
© Patricia Cunha & ImpactPlan
Justement, depuis Umbrella Sky Project vos installations sont parmi les plus instagrammées au monde. Cela ne donne-t-il pas le vertige?
Je suis encore étonnée de l’impact et de la reconnaissance de ce projet et de la façon dont il captive les gens qui prennent des photos et les publient sur les réseaux sociaux. C’est cela la véritable beauté de notre art : tant de personnes le trouvent digne de figurer dans leurs albums de famille, faisant partie de leurs moments et souvenirs les plus précieux. Cela me rend vraiment heureuse de voir ces magnifiques photos et vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux !
Qu’est-ce qui vous inspire le plus et comment pensez-vous que vos installations impactent la vie des gens ?
En ce moment, je suis très inspirée par les couleurs vives elles-mêmes. La couleur peut influencer nos ressentis. Dans les villes souvent grises, j’utilise des couleurs vibrantes et des objets inattendus dans des lieux insolites pour créer une bonne expérience pour les gens. Je les encourage colorer leur vie, leurs objets du quotidien ou leur maison, ce qui peut améliorer leur bien-être. Et dans ce processus nous attirons également des touristes ce qui est bénéfique au commerce local. L’art devient à la fois significatif et utile.
Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec la ville de Calais?
Calais est vraiment une ville ouverte sur l’art et innovante. La municipalité est très professionnelle et sa vision de la ville pour les habitants est un exemple. Ce sont des gens avec qui nous aimons travailler et nous avons même développé ensemble quelques concepts, ce qui est très positif. Cela nous permet de concevoir des projets encore mieux alignés avec les habitants et la ville.
© Patrícia Cunha & ImpactPlan
Comment voyez-vous l’évolution de l’art contemporain et où situez-vous votre travail dans ce contexte?
En regardant en arrière, je pense que notre travail a initié une tendance qui n’a cessé de croître au fil des années. Nous avons été parmi les premiers à faire ce type d’installation artistique dans l’espace public. L’approche que nous utilisons est très simple. Ce n’est pas politique, ce n’est pas fait pour poser des questions. Le but est de s’amuser et de profiter du moment.
Quant à l’art contemporain en général, je pense que son évolution implique davantage d’expériences numériques, voire d’art numérique qui intègre le spectateur dans le processus… Je pense aussi que c’est une question de matériaux utilisés dans la création, qui doivent être innovants, écologiques, réutilisables… Il y a un retour à la nature et à des façons plus primitives de faire les choses, une expérience plus personnalisée pour les personnes qui la vivent, en explorant l’individualité de chacun, et en les faisant se sentir uniques car l’expérience est conçue pour chacun d’entre nous.
© Patricia Cunha & ImpactPlan
À ce propos, je crois savoir qu’avec ImpactPlan, vous adoptez une approche éco-responsable?
Oui nous essayons d’utiliser des matériaux recyclés ou de transformer les installations artistiques en utilisant les mêmes matériaux à plusieurs reprises. Mais notre principal apport en termes de durabilité est le fait que notre projet est principalement fait à la main. Nous n’utilisons pas de machines lourdes et énergivores, et ne consommons pas beaucoup d’eau. Nous travaillons avec des artisans locaux et des institutions sociales pour réaliser nos œuvres d’art. Il y a beaucoup de travail manuel, d’amour et de patience dans l’ADN de nos projets. Cela aide les familles et les institutions sociales à obtenir des revenus supplémentaires pour améliorer leur vie et l’économie locale.
Aussi, certaines de nos œuvres, comme Color Rain ou Tropicalia, ont pour fonction de réduire les températures, en créant de l’ombre dans les villes, ce qui est très important compte tenu des températures en hausse. Planter des arbres n’est pas toujours la meilleure option, il y a quelques limitations, par exemple à Toulouse, l’un des endroits les plus fréquentés est une place située au-dessus d’un parking. Il est impossible d’y planter des arbres ou d’utiliser des structures lourdes. C’est donc une alternative à la fois belle et qui attire des visiteurs dans la ville ! Bien sûr nous préférons tous les arbres ou les solutions naturelles, mais en attendant que les arbres poussent nous pouvons au moins profiter d’une œuvre qui nous apporte du bonheur et rafraîchit la température.
© Patricia Cunha & ImpactPlan
Et quels sont les projets à venir dont vous pouvez nous parler?
En 2025, nous lancerons un nouveau site web où nous vendrons des color boxes, qui visent à répandre la couleur dans la vie des gens. Chaque humain est unique et nous aimerions les aider à montrer leurs vraies couleurs avec fierté.
Ne soyez pas effrayés de vous démarquer dans la foule, car vous êtes tous faits pour briller et être authentiques ! Une partie des revenus des ventes sera reversée à des installations artistiques colorées dans les endroits qui en ont le plus besoin, comme les hôpitaux pour enfants ou les institutions sociales. J’espère que nous pourrons leur donner de la joie et du bonheur, et améliorer leur bien-être en rendant ces espaces plus attractifs.
Merci beaucoup pour cet entretien ! Quel conseil donneriez vous à Opale Art et aux artistes qui vous lisent ?
Merci à vous ! Je suis très alignée avec votre mission de rendre l’art accessible à tous et je trouve formidable que vous ayez décidé de soutenir l’art et les artistes. Je vous souhaite beaucoup de succès ! Je suis vos réseaux sociaux et j’adore ce que vous proposez. Je suis certaine que vous allez beaucoup grandir et créer une belle communauté autour des artistes et créatifs !
Et le principal conseil que je peux donner à un artiste et que j’ai appris au fil des années, est d’être authentique. Ne cherchez pas à faire ce que tout le monde fait. Mettez votre propre style dans tout ce que vous faites et faites-le par passion. Essayez toujours de donner un peu plus que ce qui est attendu. Lorsque vous faites des choses, n’oubliez pas les petits détails que vous pensez que personne ne verra. Si vous faites cela, le reste suivra !


