Une collection Véronique Fournier © Christophe Bonamis
Bonjour Véronique, pouvez-vous nous parler de votre métier?
Graphiste de formation, je me définis comme designer de mode ou artiste, plus que comme styliste. Je crée mes tissus imprimés et c’est le design graphique qui arrive en premier dans la démarche. J’emprunte aux années 60 le style, la simplicité des coupes et les lignes géométriques. Je m’inspire également de leur audace créative, du space age futuriste, et de leur avant-gardisme intemporel. Je reprends leurs standards, et notamment la robe trapèze créée par Courrèges, pour la réinterpréter. J’en ai fait mon produit signature. Il convient à toutes les morphologies et je fais du sur-mesure.
Je travaille des produits de mode sobres dans leur coupe, mais au design fort ou décalé. Je travaille numériquement puis patronne chaque pièce à main levée. Chaque pièce est unique et confectionnée dans les Hauts-de-France par des couturiers indépendants. À ma petite échelle de production, je veux soutenir nos emplois en responsabilité. Mes créations sont avant tout une mode artistique. A l’instar de Saint-Laurent qui imagina en 1965 la collection de robes Mondrian, ou de Warhol et sa fameuse robe papier sérigraphiée, je conçois le tissu comme une toile pour proposer de porter de l’Art au quotidien ou pour des occasions.
Vous avez d’abord travaillé dans la communication. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire le saut vers la création de mode?
J’ai toujours conçu le vêtement comme un support identitaire et de communication. Le but est d’informer l’autre sur ce que l’on est, à travers ce que l’on porte. On peut bien sûr choisir la neutralité pour en dire le moins possible. Mais pour ma part et depuis des années, j’assume ce que je suis et ce que j’aime à travers mon style vestimentaire. Dans l’agence de communication que j’avais fondée, je travaillais avec de nombreux partenaires d’impression locaux qui déployaient des techniques très variées. Cette découverte m’a amenée à me tourner vers la décoration intérieure avec des interrupteurs imprimés, imaginés comme des tableaux. Plus tard, j’ai commencé à dessiner et imprimer mes propres robes, pour me rendre visible autrement lors de salons professionnels et incarner différemment ma marque. Très rapidement, et grâce aux réseaux sociaux, une clientèle est venue à moi au point que j’ai décidé de réorienter mon activité vers le design de mode.
© Véronique Fournier
En quoi l’art est-il important dans votre processus créatif? Et comment se passe vos collaborations avec les artistes?
D’abord, je conçois le tissu comme une toile. Je source des tissus avec un certain grammage pour assurer une tenue parfaite et éviter une fluidité trop grande qui altèrerait les lignes ou les formes que je dessine ou les œuvres que je reproduis.
Pour mes créations, ma démarche est très Pop art dans l’âme. J’amène de l’art dans nos quotidiens, et où on l’attend moins. Elle est aussi pédagogique et renvoie à des courants artistiques plus ou moins connus, à des œuvres majeures réinterprétées et bien sûr à l’art contemporain au sens large. Je suis passionnée d’art géométrique et d’art cinétique. L’idée générale est de troubler le point de vue du spectateur. Dans ma collection Pop Arty, j’ajoute un effet 3D pour troubler le point de vue selon la distance qui nous sépare du modèle.
Mes références vont de l’art abstrait et du mouvement Bauhaus, au figuratif façon Pop Art. Je ne suis pas érudite en la matière et j’apprends tous les jours des artistes contemporains. Mais au fil du temps, j’ai pu identifier les courants artistiques majeurs qui m’ont touchée et influencée, même inconsciemment.
Le talent des autres m’intéresse et j’ai spontanément ouvert mon art à porter à des artistes contemporains qui me touchent. Dans le processus, la rencontre avec l’artiste est essentielle. C’est une cooptation réciproque au-delà d’une simple collaboration. J’ai plus souvent collaboré avec des artistes hommes qui ne porteront pourtant pas les robes éditées, mais qui sont convaincus par la démarche inédite et la visibilité que cela peut conférer à leur travail. Et dernièrement, j’ai collaboré avec Aude Milesi qui se définit comme « coloriste de ses émotions » et pour qui j’ai déjà édité 8 robes, déclinées en série très limitée et sur mesure.
Et comment se déroule concrètement ces collaborations?
A l’origine, il y a un coup de cœur de ma part ou une sollicitation directe par l’artiste. Le choix de l’œuvre se fait en accord entre nous deux. Ce que j’apprécie dans ces rencontres, c’est lorsque l’artiste, en toute confiance, me laisse le soin de réinterpréter son œuvre pour concevoir la robe avec mon parti pris.
C’est toujours un challenge technique et artistique que de proposer ma vision de l’œuvre originale transformée. Il faut qu’il y ait une véritable valeur ajoutée pour rendre l’exercice pertinent. Je propose des simulations numériques avant impression du tissu et la confection. Il est aussi arrivé qu’on me confie des œuvres et que l’on me donne une entière carte blanche pour la création, privilégiant l’effet de surprise et émotionnel lors de la redécouverte de l’œuvre autrement. Et j’ai aussi eu l’occasion de mener une collaboration avec des galeries et leurs artistes dans le cadre de la foire d’art contemporain Art Up, qui a conduit à la réalisation de 20 œuvres et à un défilé.
Véronique Fournier © Fabrice Ainaut
Vos robes sont-elles pensées comme des pièces d’art portables ou des vêtements avant tout fonctionnels?
Et bien les deux. Même si je les conçois comme des supports de médiation artistique, il ne s’agit pas de goodies à la façon de supports publicitaires jetables. Et même si la démarche vise à l’accessibilité de l’art, elle reste qualitative dans le choix des tissus et des techniques d’impression qui rende la robe portable et lavable a de très nombreuses reprises. C’est à la fois une démarche artistique et de slow fashion, éthique et responsable. Ce sont pour moi des œuvres d’art à porter et à faire vivre, et qui ont les vertus et fonctionnalités du prêt à porter. Je les ai créés pour moi avec cette exigence. Elles doivent permettre de vivre et de tout faire au quotidien, tout en ayant la vocation d’être exceptionnelles et remarquables. Ce sont des robes-tableaux et réciproquement.
Et à titre personnel, quel mouvement de l’art contemporain et quels artistes vous font vibrer?
Vous l’aurez compris il s’agit surtout de l’art cinétique et de son précurseur, le pop art. La liste serait longue entre les œuvres majeures incontournables et des talents découverts plus récemment et qui suscitent de l’émotion en moi, au-delà d’une vraie curiosité face à la diversité des techniques employées. Dans le désordre je pourrais bien entendu citer Vasarely, Mondrian, Riley, Calder, Warhol et Lichtenstein. Mais aussi des artistes contemporains comme Malika Favre ou Jef Aérosol, et des artistes de talent qui travaillent dans les Hauts-de-France tels que Vincent Lelievre et ses dessins architecturaux ou Wayne Danza et ses dessins au stylo Bic.
Pour conclure, pourriez-vous nous dire ce que vous pensez d’Opale Art?
C’est un projet d’utilité au grand public ! J’aime votre ouverture et l’objectif de rendre accessible l’art et la culture au sens large dans un format associatif, et votre magazine de qualité et de surcroit sans publicité. Mention spéciale également pour sa mise en page et l’aspect responsable du projet avec une version numérique et une version papier en édition limitée. J’aime aussi votre blog, intéressant et diversifié pour découvrir des artistes, et bien sûr votre projet de galerie. Bref, on adore la proposition, l’engagement et la promesse. Tout le concept !
© Véronique Fournier
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Véronique Fournier est membre d’Opale Art et nous la remercions de sa confiance.
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