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Une sculpture d'art contemporain par l'artiste Delphine Vanpoperinghe-Logié
© Delphine Vanpoperinghe-Logié

Delphine Vanpoperinghe-Logié est née à Hazebrouck et travaille aujourd’hui à Roubaix, aux Ateliers Jouret. Sculptrice, autrice d’installations et enseignante, elle développe depuis une quinzaine d’années une pratique centrée sur la figure humaine, la présence au monde et les territoires du sensible.

La terre et le bronze sont ses matières de prédilection, choisies pour leur capacité à retenir la trace, à enregistrer les tensions, à préserver l’empreinte du geste. Dans ses pièces, l’accident, la vibration, l’inachevé revendiqué composent une esthétique du vivant, volontairement non lissée, où la surface devient un lieu d’expression autant qu’un lieu de mémoire.

Son parcours s’affirme aussi par un engagement actif dans la transmission et le collectif : elle enseigne, et préside le tiers-lieu artistique Les Ateliers Jouret.

Une sculpture respirante

Le travail de Delphine Vanpoperinghe-Logié interroge ce qui circule en nous et cherche une forme. Le corps humain, fragmenté ou complet, y apparaît comme un seuil : visages, bustes, bouches ouvertes dans un geste de souffle ou d’offrande, silhouettes interrompues. Chaque sculpture est pensée pour rester « respirante », traversée par une matière dense et rugueuse qui conserve la trace du modelage. Plutôt que de figer une représentation, elle installe des états, fragilités, élans intérieurs et tensions silencieuses. Le geste demeure visible, assumé, comme si la forme gardait en elle la mémoire de sa naissance.

Du face-à-face à l’expérience immersive

Un tournant intervient en 2019 avec Voyage Migratoire, un projet pluridisciplinaire mêlant photographie, danse et sculpture. Cette expérience ouvre une nouvelle voie et donne naissance à Accepter, un premier bronze réalisé en collaboration avec la fonderie Octopus de Rémi Couvreur, avec laquelle elle poursuit depuis un travail étroit. À partir de là, sa pratique s’étend vers des installations immersives intégrant miroirs, silhouettes, dispositifs sonores ou articulations scénographiques, où le spectateur devient une présence active. Nourrie par la danse, la musique et la poésie, sa recherche privilégie la sensation, l’écoute et la relation : créer des formes qui accueillent, qui interrogent, qui résonnent avec l’expérience de chacun. Dans ces espaces, la sculpture ne se contente plus d’être regardée ; elle devient un lieu de rencontre, un point d’écho et de partage.

01/06

Si vous deviez présenter votre art à un enfant.

Je lui dirais que je crée des personnages qui viennent au monde comme lui : sans rien pour les cacher, bruts et vrais. Je modèle des figures en terre pour raconter des émotions que je ne sais pas toujours mettre en mots — la terre, elle, comprend très bien. Je les cuis, je les patine, et parfois je les confie au fondeur pour qu’ils deviennent bronze. Chaque étape leur donne un peu plus de caractère. Une sculpture ne se presse pas : elle se révèle au fil du temps.

Je lui dirais aussi pourquoi mes personnages n’ont pas d’habits : pour aller à l’essentiel, le geste, la présence, l’émotion. La nudité, c’est une vérité simple. Et qu’ils disent ce que je ne dis pas toujours moi-même.

02/06

Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste.

J’ai mis du temps à reconnaître ma véritable place — celle de l’artiste. Ce n’était pas tant un choix qu’une évidence qui s’est imposée doucement, presque en sourdine, au fil des années. Je n’ai pas suivi un parcours classique, mais j’ai toujours porté en moi un trop-plein de sensible, sans savoir comment lui offrir une forme. Enfant, je rêvais d’être un drapeau qui flotte au vent, tant j’avais besoin de mouvement, d’air et de liberté. Si je dois retenir un moment décisif, ce serait la découverte de Colette, et plus particulièrement la rencontre littéraire avec Mitsou. Ces pages ont déposé en moi les premières étincelles d’une voie possible : celle d’une femme qui s’autorise à être libre, à sentir profondément, à dire le monde avec son propre langage. Elles ont ouvert une brèche, un souffle nouveau, une permission intérieure.

Des années plus tard, j’ai sculpté Mitsou en bronze. Cette petite figure, je la vois comme une boussole : elle incarne celle que je suis devenue, mais aussi celle que je cherchais depuis longtemps. Elle est un hommage à toutes les femmes qui osent, et un encouragement tendre pour celles qui oseront demain. Ce souvenir continue de nourrir mon travail ; il me rappelle que l’art naît souvent d’un frémissement intime, d’une rencontre silencieuse qui change tout.

03/06

Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres.

Si je ne devais conserver qu’une seule de mes œuvres, ce serait Le Souffle. Cette pièce occupe une place singulière dans mon parcours, car elle condense de manière particulièrement aboutie les enjeux qui traversent mon travail : la présence humaine, l’élan intérieur et la transmission d’une émotion silencieuse. Le Souffle représente une figure en tension, engagée dans un geste d’offrande ou de projection — un souffle, un baiser, un mouvement infime mais chargé d’intensité. Le corps, volontairement incomplet, semble émerger de la matière brute. Les strates et aspérités du modelage conservent la trace du geste, affirmant une esthétique où la texture, la densité et la vibration de la surface participent pleinement du sens de l’œuvre.

Cette sculpture est importante pour moi car elle marque un moment de clarification artistique : celui où le travail de la matière est devenu indissociable d’une recherche sur l’intériorité, la fragilité et l’élan vital. Le Souffle traduit cette tension entre vulnérabilité et désir de relation, entre retrait et ouverture. Elle témoigne de ma volonté de donner forme à ce qui traverse le corps, à ce mouvement intime qui relie l’être à l’autre et au monde. À ce titre, Le Souffle reste une œuvre profondément emblématique de ma démarche : elle engage à la fois le regard, l’espace et la sensibilité, et invite à percevoir la sculpture comme un lieu de passage, de respiration et de présence.

Une sculpture d'art contemporain par l'artiste Delphine Vanpoperinghe-Logié
© Delphine Vanpoperinghe-Logié
04/06

Si votre art avait un super-pouvoir.

J’aimerais que mon art ait le pouvoir de rendre les gens plus présents à eux-mêmes. Que devant mes sculptures, ils se sentent soudain plus vivants, plus ouverts, plus proches de leur propre souffle.

Ce désir vient de mon histoire personnelle : j’ai longtemps observé combien nous traversons nos vies en retenant notre respiration. Si mes œuvres pouvaient aider, même légèrement, à dénouer quelque chose, à apaiser ou à réveiller, ce serait pour moi le plus beau pouvoir.

05/06

Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre.

J’aimerais travailler avec Pina Bausch, pour la manière dont elle a su faire de la fragilité un langage chorégraphique universel. Son rapport au corps, à la répétition, à l’émotion brute résonne fortement avec ma sculpture.

Imaginer une installation où la danse et la matière dialogueraient serait pour moi un rêve absolu : les corps vivants répondant aux corps sculptés, les gestes réveillant les formes, les souffles circulant entre les deux.

06/06

Si vous aviez rédigé cette interview, quelle question vous seriez-vous posée ?

Si je devais formuler un projet demeuré jusqu’ici de l’ordre du désir intime, il s’agirait de la création d’une installation articulant de manière étroite sculpture et danse, en collaboration avec mon fils, Théo Vanpop, chorégraphe et interprète. Ce projet, encore à l’état d’esquisse conceptuelle, s’inscrit dans la continuité de ma recherche sur la présence, le souffle et les formes de relation entre corps vivant et corps sculpté. La danse constitue depuis longtemps une référence structurante dans mon approche de la sculpture. Elle introduit des notions de rythme, d’élan, de suspension et de déplacement qui entrent en résonance directe avec les états de traversée que j’essaie de matérialiser dans mes pièces. Associer ces deux médiums dans un même dispositif permettrait d’explorer la tension entre mouvement et fixité, entre temporalité et permanence, entre geste et matière.

La collaboration envisagée avec Théo Vanpop revêt par ailleurs une dimension singulière. Elle mettrait en dialogue deux pratiques artistiques distinctes, portées par deux générations, et permettrait de confronter nos méthodologies respectives : l’une ancrée dans la matérialité et la trace, l’autre dans le mouvement et la kinesthésie. Le projet prendrait la forme d’une installation immersive intégrant sculptures, circulation du public et performance dansée, interrogeant les notions de présence, de relation et de perception. Bien qu’encore non réalisé, ce projet constitue l’un des axes de développement que je souhaite approfondir dans les années à venir.

Une sculpture d'art contemporain par l'artiste Delphine Vanpoperinghe-Logié
© Delphine Vanpoperinghe-Logié

Delphine Vanpoperinghe-Logié figure également dans le portfolio de notre magazine imprimé collector et est membre d’Opale Art. Nous la remercions de sa confiance. Retrouvez nos autres portraits d’artistes en suivant ce lien. Et découvrez de nombreux artistes sur notre compte instagram.