© Tristan Jon
Tristan Jon, plasticien belge installé à Paris depuis 2022, s’est construit en marge des chemins tracés. Issu d’un milieu ouvrier bruxellois, il a su déjouer les attentes sociales pour bâtir son parcours empreint de réflexion sur la mémoire, les récits et les relations humaines.
Il découvre l’art tardivement, mais cette rencontre le bouleverse. Il intègre l’Université Libre de Bruxelles pour y étudier l’histoire de l’art. Fasciné par la représentation du corps dans les avant-gardes du siècle dernier, il oriente ses recherches sur la réception sociale du nu et les thématiques liées au genre et à l’homosexualité.
Après cinq années d’études théoriques, il intègre la section peinture des Beaux-Arts de Mons. Ses créations, d’abord centrées sur le dessin abstrait, évoluent rapidement vers une approche où la peinture devient le lieu de dialogues entre autobiographie, imaginaire collectif et introspection.
Il explore la frontière entre mémoire et mythe, questionnant la manière dont ces deux notions se mêlent et s’influencent. À travers une peinture où abstraction et figuration romantique cohabitent, il invite le spectateur à naviguer entre le visible et le ressenti.
Un regard sur les luttes de pouvoir …
Son travail s’intéresse aux relations humaines, notamment au sein de la communauté LGBTQIA+, mais aussi dans un cadre plus universel. Tristan interroge les dynamiques de pouvoir, les pressions sociales et l’impact de ces relations sur l’individu. La photographie s’inscrit dans ce processus : il capture des corps dans des flous maîtrisés, qui traduisent une tension entre mouvement et immobilité. Ces images, combinées à des croquis et des notes, deviennent la matière première de ses toiles.
L’invitation à une réflexion personnelle
Les œuvres de Tristan Jon portent une charge émotionnelle forte. Elles évoquent des états d’âme, des fragments de récits personnels ou collectifs, tout en laissant la place à l’interprétation. Il revendique une sensibilité qui se traduit par des compositions où matière et couleur dialoguent avec des thèmes complexes comme le trauma ou le contrôle. Son approche cherche à révéler ce qui persiste, ce qui dépasse le moment vécu pour s’inscrire dans une mémoire partagée.
Pour Tristan Jon, chaque tableau est une invitation à la réflexion. Il voit son art comme un laboratoire de questions, où certaines réponses se devinent tandis que d’autres restent volontairement ouvertes. En jouant avec l’ambiguïté, il souhaite offrir au spectateur un espace où se confronter à ses propres perceptions et émotions. Un jeune artiste à la croisée de l’intime et du collectif, nous lui voyons un beau parcours.
01/06
Si vous deviez présenter votre art à un enfant…
02/06
Si vous deviez garder un moment décisif qui a influencé votre art ou votre choix de devenir artiste…
Il y a de nombreux événements qui ont façonné mes choix mais celui qui me vient à l’esprit est ma rencontre avec le plasticien Jean-Georges Massart. Il n’est pas très connu du grand public malheureusement. Son enseignement m’a pourtant profondément marqué ; il a vu quelque chose en moi et aujourd’hui, je lui en suis très reconnaissant. A l’école, il dispensait les cours d’histoire de l’art, de dessin d’après modèle vivant et de peinture. C’était avant d’aller à l’université. Pendant deux ans, on s’est vu en dehors des leçons pour discuter. Il avait fait La Cambre : son parcours me semblait impressionnant, même titanesque. Il m’alimentait quotidiennement en images d’oeuvres d’art pour m’aider à étoffer ma culture générale. C’est à lui que je dois ma passion pour l’histoire de l’art ainsi que l’intérêt pour la peinture moderne et contemporaine. Pour la première fois, une personne valorisait ma démarche. Je crois que c’est important quand on débute dans la vie. Il m’a poussé à me dépasser, sans me trahir pour autant. Cette rencontre et les échanges qui en ont suivi resteront pour moi un souvenir positif et impérissable.
03/06
Si vous ne deviez garder qu’une seule de vos œuvres…
C’est une bonne question, et de loin la plus étrange pour un artiste. Car elle suppose qu’il existe une hiérarchie dans mon travail. Or, chaque création est une expérience unique, différente et le fruit d’une longue réflexion qu’il serait injuste de comparer à d’autres. J’aime aussi l’idée que mes tableaux trouvent leur propre chemin. Mais si l’un d’eux devait quand même revenir dans mon giron, je pense que j’aimerais que cela soit la première toile de La mémoire dans la peau. Il s’est produit quelque chose quand j’ai débuté cette série, sur la manière de travailler le corps. C’était le printemps et je sortais beaucoup la nuit. Un soir, j’ai fait une rencontre ; mauvaise à n’en pas douter. J’en garde un souvenir assez étrange. Il m’a marqué, peut-être à vie d’ailleurs. Mais j’en ai aussi retiré une histoire. Plus encore, cela m’a persuadé d’aller plus loin dans ma peinture. Cette série représente une réponse émotionnelle à un trauma. A la fois contemplatif et en action, le corps n’est pas qu’une plastique. Il invoque nos rapports interpersonnels, surtout en lien avec la notion de contrôle. La série « La mémoire dans la peau » est donc le reflet de mon intérêt pour ces questions ou du moins, elle se construit dans ce but. C’est là un aspect seulement du tableau qui en comptent d’autres. Mais, à travers cette lecture, j’ai voulu notamment parler de cette pression qu’exercent les autres et de l’impact sur notre âme. C’est, à mon sens, un questionnement d’actualité que j’aimerais approfondir.
© Tristan Jon
04/06
Si votre art avait un super-pouvoir…
05/06
Si vous pouviez rencontrer ou collaborer avec un artiste célèbre…
Je suis fasciné par l’univers de Wes Anderson. Son cinéma raconte finalement la vie extraordinaire des gens les plus ordinaires qui soient. J’aime ce point de vue qui est clairement un contrepied au faste du « cinéma des couronnés ». Le héros principal, c’est les hasards de l’existence humaine dans ses films. Les histoires et les personnages s’entremêlent et sont traitées avec une mélancolie surréaliste qui ne me laisse pas indifférent. Dans ma peinture, j’aime aussi établir des ponts, et l’inattendu est un précieux atout. Certes, il y a tout un travail en amont, soit une recherche avec des documents et des réflexions qui précèdent le geste sur la toile. Comme dans un film, la préparation est une part significative de l’oeuvre. Mais une fois que l’on dit « ACTION », je fais aussi la part belle au mouvement et au hasard de ce dernier. L’introspection n’est en effet pas le seul ingrédient de mon processus de création. Je me vois donc totalement jouer mon rôle d’artiste dans un film de Wes Anderson par exemple.
06/06
Si vous aviez rédigé cette interview… quelle question vous seriez-vous posée?
© Tristan Jon
Tristan Jon est membre d’Opale Art et nous le remercions de sa confiance. Retrouvez-le sur son site internet.
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