Une exposition d’art contemporain au © Centre Pompidou-Metz
L’art contemporain désigne les œuvres créées de 1945 à nos jours. Certains musées le font commencer plus tard, dans les années 1960. Peinture, sculpture, photographie, installation, performance ou vidéo : il ne se reconnaît pas à un style, mais à une période et à une manière de questionner. Cette page s’adresse à celles et ceux qui veulent en franchir la porte sans vraiment savoir comment.
Sommaire
- Art contemporain : la définition
- Quelles sont les caractéristiques de l’art contemporain ?
- Quelle est la différence entre art moderne et art contemporain ?
- Quels sont les différents types d’art contemporain ?
- D’où vient l’art contemporain ?
- Quels sont les grands mouvements de l’art contemporain ?
- Où voir de l’art contemporain ?
- Par où commencer ?
- Questions fréquentes
Art contemporain: la définition
Deux repères coexistent. Pour le ministère de la Culture, l’art contemporain « inclut les œuvres créées depuis 1945 jusqu’à nos jours ». Le Centre Pompidou, lui, fait débuter ses collections contemporaines dans les années 1960. La définition est donc historique avant d’être esthétique : le mot ne signifie pas seulement « art d’aujourd’hui ». Une œuvre de 1965 est contemporaine au même titre qu’une œuvre réalisée cette année. Ce qui réunit ces œuvres n’est ni une technique ni un style. Tous les supports y sont permis, et l’œuvre porte volontiers des idées, des concepts, des revendications.
Quelles sont les caractéristiques de l’art contemporain?
L’idée compte autant que l’objet
Dans l’art contemporain, la réflexion et la conception pèsent autant que la réalisation. L’art conceptuel a poussé cette logique jusqu’au bout : l’idée y importe davantage que l’objet fini. En 1965, Joseph Kosuth présente ainsi One and Three Chairs, qui réunit une chaise en bois, sa photographie et sa définition tirée d’un dictionnaire. Trois représentations d’une même chose, placées côte à côte.
Tous les matériaux, tous les supports
Photographie, peinture, sérigraphie, technologies numériques : aucune technique n’est exclue. Les artistes italiens de l’arte povera ont travaillé la terre, les chiffons ou les brindilles aussi bien que le bronze et le marbre. D’autres se sont emparés de la vidéo ou de l’informatique, que le Centre Pompidou regroupe sous le nom de nouveaux médias.
Un art qui interroge son époque
Questionner est l’un des buts le plus souvent reconnus à l’art contemporain. Les artistes cherchent à faire réagir, en proposant une critique ou en suscitant des questions. L’art féministe ou le street art en donnent des exemples. Nous consacrons un article à l’un de ces terrains : Art contemporain, luttes LGBTQIA+ et représentations queer.
Une place nouvelle pour le spectateur
Certaines œuvres se contemplent, d’autres se traversent ou se vivent. Une installation ne se regarde pas comme un tableau accroché : la Tate la décrit comme une expérience d’ensemble, souvent conçue pour un lieu précis, où la participation du visiteur compte. Au Palais-Royal, à Paris, les colonnes de Daniel Buren sont ouvertes au public, qui peut librement s’y asseoir. L’art sort aussi des lieux d’exposition pour investir la ville.
Un visiteur regarde deux tableaux et une œuvre numérique dans une exposition d’art contemporain © Declan
Quelle est la différence entre art moderne et art contemporain?
La différence tient d’abord aux dates. L’art moderne couvre la première moitié du XXe siècle : de 1900 à 1945 environ selon un premier repère, de 1905 aux années 1960 au Centre Pompidou, qui y range le fauvisme, le cubisme, le surréalisme et l’abstraction, avec Matisse, Picasso, Kandinsky ou Brancusi. L’art contemporain vient ensuite. Ces dates sont des repères plus que des ruptures : d’une institution à l’autre, la limite se déplace d’une quinzaine d’années, signe que le passage s’est fait progressivement.
Elle tient aussi à ce que cherchent les artistes. Les modernes ont cassé les codes de la représentation. Les contemporains n’interrogent plus seulement la manière de représenter le monde, mais l’œuvre elle-même : ce qu’elle est, de quoi elle est faite, où elle est montrée, ce qu’elle demande à celui qui la regarde. Le Centre Pompidou décrit les années 1960 comme un tournant, où le tableau traditionnel est remis en question et où le visiteur est amené à quitter son attitude passive. La différence ne se voit donc pas toujours au premier regard : elle tient à la période et à la démarche plus qu’à l’apparence des œuvres.
Quels sont les différents types d’art contemporain?
On peut distinguer deux familles. Les disciplines anciennes, peinture, sculpture et photographie, n’ont pas disparu : elles se pratiquent autrement. D’autres formes sont apparues ou se sont affirmées depuis les années 1960 : l’installation, la performance, la vidéo et l’art urbain.
La peinture contemporaine
La peinture contemporaine ne forme pas un style unique : elle peut être figurative ou abstraite, et passe volontiers de l’une à l’autre. Gerhard Richter en est l’exemple. Formé aux genres traditionnels, nature morte, portrait, paysage et peinture d’histoire, il fait passer chaque image par un intermédiaire, photographie ou dessin, avant de la peindre, puis la trouble par un flou devenu sa signature. Il a aussi développé une approche personnelle de l’abstraction, au pinceau, au couteau ou à la raclette. La Fondation Louis Vuitton a réuni 275 de ses œuvres, de 1962 à 2024. Dans un autre registre, Jenny Saville a, selon sa galerie, renouvelé la peinture figurative en interrogeant la perception du corps.
La sculpture contemporaine
Depuis les années 1960, la sculpture ne se limite plus à la pierre, au bois ou au bronze. Elle fait appel à des matériaux inédits : objets du quotidien, matériaux industriels, éléments naturels.
Maman, de Louise Bourgeois, est une araignée de près de neuf mètres de haut, en bronze, marbre et acier inoxydable, créée en 1999. Le musée Guggenheim de Bilbao, qui l’expose en permanence, y voit un hommage de l’artiste à sa mère, qui était tisserande, et une figure à la fois protectrice et prédatrice. Nous lui consacrons un article.
Autre matériau, autre échelle : Balloon Dog, de Jeff Koons (1994-2000), reprend, en acier inoxydable poli comme un miroir, la forme d’un chien sculpté dans un ballon de baudruche, sur plus de trois mètres de haut. Le visiteur qui s’en approche y voit son propre reflet déformé.
La photographie contemporaine
La photographie ne sert pas seulement à enregistrer le réel : certains artistes construisent leurs images de toutes pièces. Entre 1977 et 1980, Cindy Sherman réalise les Untitled Film Stills, 69 photographies en noir et blanc où elle pose elle-même en actrice de films imaginaires. Chaque image imite les photographies de plateau qui servaient à promouvoir les films d’Hollywood, et met en évidence la fabrication des stéréotypes féminins. Le MoMA de New York a acquis la série dans son intégralité. La photographie se mêle aussi au récit : depuis la fin des années 1970, Sophie Calle associe l’image et la narration. Le photographe japonais Eiji Ohashi, lui, part de paysages ordinaires, comme dans sa série Roadside Lights : il s’en explique dans l’entretien qu’il nous a accordé.
L’installation
Une installation est une construction de grande dimension, qui mêle plusieurs matériaux ou médias et se conçoit souvent pour un lieu précis ou pour une durée limitée. Elle forme un tout, que le visiteur parcourt. Le genre s’affirme à partir des années 1960 et prend une place de premier plan depuis les années 1990. En 2003, Olafur Eliasson installe The weather project dans la Turbine Hall de la Tate Modern, à Londres. Environ 200 lampes, un plafond couvert de miroirs et une brume artificielle y composent un immense soleil d’intérieur, que les visiteurs sont invités à approcher pour voir comment il est construit.
La performance
Dans une performance, l’œuvre est une action, menée par l’artiste ou par d’autres participants. On en fait souvent remonter l’histoire aux soirées futuristes et aux cabarets dada des années 1910. Le direct, le mouvement et l’éphémère offraient aux artistes une alternative à la permanence de la peinture et de la sculpture. En 2010, au MoMA, Marina Abramović reste assise en silence à une table, face aux visiteurs qui prennent place un à un devant elle, pendant plus de 700 heures au total : c’est The Artist Is Present. Il reste d’une performance des photographies, des films ou des vidéos.
L’art vidéo et les nouveaux médias
La technologie vidéo se développe à partir de la fin des années 1950. Dans la décennie suivante, un matériel d’enregistrement portable permet aux artistes de filmer de façon moins contraignante qu’au cinéma. Dans Video-fish (1979-1992), Nam June Paik place sept moniteurs derrière sept aquariums où nagent des poissons, et rapproche ainsi le regard porté sur la télévision de celui que l’on porte sur un aquarium. En 2001, Bill Viola projette simultanément cinq vidéos de corps traversant l’eau : Five Angels for the Millennium. Le Centre Pompidou a commencé à constituer sa collection de nouveaux médias dès 1976.
L’art urbain
Le street art est proche du graffiti : il se crée dans l’espace public, le plus souvent sans autorisation. Il recourt toutefois à des techniques plus variées, de l’affichage au pochoir, des autocollants au dessin à main levée. Depuis 2000, JR colle ses photographies de grand format dans les rues du monde entier, et son projet Inside Out invite chacun à afficher son propre portrait là où il vit. Nous avons consacré un reportage au street art de Calais : Calais, le musée à ciel ouvert.
American Dreamers, une fresque monumentale de street art de Shepard Fairey (OBEY) et Vhils, à Silver Lake, Los Angeles © Mike von Osjura
D’où vient l’art contemporain?
Il n’existe pas de « père » officiel de l’art contemporain, mais un nom revient : Marcel Duchamp. À New York, en 1917, il achète un urinoir en céramique blanche, le renverse, l’intitule Fontaine et le signe « Richard Mutt ». Il le soumet à une exposition dont les organisateurs promettaient de montrer toute œuvre, pourvu que l’artiste paie sa participation. Le comité, dont Duchamp faisait lui-même partie, le refuse.
Ce ready-made, un objet « déjà tout fait et revendiqué comme œuvre par l’artiste du seul fait de l’avoir choisi », a ouvert une voie. Une nouvelle génération d’artistes américains, dont Jasper Johns et Robert Rauschenberg, a reconnu en Duchamp un précurseur. Pour le Centre Pompidou, les mouvements qui utilisent des objets de la vie courante, du Pop art au Nouveau Réalisme et à Fluxus, lui sont redevables. La Tate cite Fontaine comme la première œuvre conceptuelle.
Fontaine de Marcel Duchamp (1917), ready-made : un urinoir en porcelaine blanche renversé et signé © Sofiane Filo
Quels sont les grands mouvements de l’art contemporain?
Plusieurs mouvements naissent dans les années 1950 et 1960, des deux côtés de l’Atlantique. En voici six, parmi les plus souvent cités.
Le Pop art
Né dans les années 1950, le Pop art s’épanouit dans les années 1960 aux États-Unis et en Grande-Bretagne. De jeunes artistes estiment que ce qu’on leur enseigne et ce qu’ils voient dans les musées n’a rien à voir avec leur vie. Ils puisent alors dans le cinéma hollywoodien, la publicité, les emballages, la musique pop et la bande dessinée. En 1963, Roy Lichtenstein peint Whaam! à la manière d’une case de bande dessinée. Andy Warhol et Richard Hamilton sont deux autres figures du mouvement.
Le Nouveau Réalisme
Le 27 octobre 1960, au domicile d’Yves Klein, neuf artistes signent la déclaration qui fonde le groupe, autour du critique Pierre Restany. Jean Tinguely et Martial Raysse en font partie, rejoints en 1961 par Niki de Saint Phalle. Leurs gestes s’emparent directement des objets : Arman accumule, César compresse, Jacques Villeglé lacère des affiches. Restany parle d’un « recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire ».
Le minimalisme
Développé aux États-Unis dans les années 1960, le minimalisme est une forme radicale d’art abstrait, faite de formes géométriques simples fondées sur le carré et le rectangle. L’œuvre ne cherche ni à représenter le monde ni à exprimer une émotion. Le peintre Frank Stella l’a résumé d’une formule : « What you see is what you see », ce que vous voyez est ce que vous voyez. Ce qui compte est la relation entre l’objet, l’espace qui l’entoure et la personne qui regarde. Donald Judd, Dan Flavin et Carl Andre y sont associés.
L’art conceptuel
Apparu dans les années 1960, l’art conceptuel fait passer l’idée avant l’objet, et le langage y devient un matériau privilégié. Sol LeWitt lui consacre en 1967 un texte resté influent, « Paragraphs on Conceptual Art ». One and Three Chairs, de Joseph Kosuth, en donne un exemple.
L’arte povera
Ce mouvement italien de la fin des années 1960 et des années 1970 doit son nom au critique Germano Celant, qui l’emploie en 1967. Ses artistes, parmi lesquels Mario Merz, Jannis Kounellis, Giuseppe Penone et Michelangelo Pistoletto, travaillent des matériaux simples et naturels, de la terre aux chiffons et aux brindilles.
Le land art
Le land art se pratique directement dans le paysage, en sculptant le sol ou en assemblant des matériaux naturels. En 1967, Richard Long trace une ligne au sol en allant et venant sur ses propres pas, sans autre outil. En 1970, Robert Smithson construit Spiral Jetty, une spirale de terre qui s’avance dans le Grand Lac Salé, aux États-Unis. Ces œuvres sont le plus souvent connues par les photographies et les cartes que les artistes exposent ensuite.
Une sculpture et des tableaux de Yayoi Kusama, dans la rétrospective que lui a consacrée la National Gallery of Victoria, à Melbourne. L’artiste a vécu à New York de 1958 à 1973, dans les cercles d’avant-garde que fréquentaient Andy Warhol et Allan Kaprow. Le MoMA l’associe au Pop art, et ses Infinity Nets font écho au minimalisme. À lire : Yayoi Kusama, l’infini après elle. photo © Neon Wang
Où voir de l’art contemporain?
Les musées conservent et exposent des collections. Les centres d’art contemporain, apparus en France dans les années 1970, fonctionnent autrement : ce sont des lieux de production et de diffusion, qui n’ont pas pour vocation de constituer des collections. Ils accueillent chaque année plus d’un million de visiteurs, selon le ministère de la Culture.
Les Fonds régionaux d’art contemporain, les FRAC, ont été créés en 1982 pour constituer un patrimoine d’art contemporain en région. Leurs collections ne restent pas en réserve : les diffuser sur le territoire et y sensibiliser tous les publics fait partie de leurs missions. Pour une première visite, nos sélections : 10 lieux incontournables d’art contemporain dans les Hauts-de-France et 7 lieux d’art contemporain à connaître dans le Grand Est.
Les galeries d’art contemporain complètent ce paysage. L’entrée y est libre : poussez leur porte sans crainte.
Il existe aussi de nombreux salons d’art contemporain. Le temps de quelques jours, ils réunissent en un même lieu des dizaines d’artistes et de galeries : une bonne façon de voir beaucoup d’œuvres en une seule visite et d’échanger avec celles et ceux qui les créent. Certains sont gratuits et permettent de découvrir les artistes de sa région. C’est le cas des salons solidaires comme Solid’Art, organisé à Lille par le Secours populaire français : l’entrée y est gratuite et le salon collecte des fonds pour les actions de solidarité de l’association.
Le fonds régional d’art contemporain (FRAC) à Dunkerque.
Par où commencer?
Le plus simple reste d’aller voir. Une exposition près de chez soi, une œuvre croisée dans l’espace public, la parole d’un artiste : il n’est pas nécessaire de tout savoir pour regarder. L’art contemporain est vivant, et il se découvre de cette façon. Et de nombreuses structures proposent des visites gratuites, permanentes ou ponctuelles.
Et de chez vous, vous pouvez faire de belles découvertes avec Opale Art. Notre association à but non lucratif, née en 2024 et ouverte à tous, publie en accès libre sur ce site des dossiers et des entretiens avec des artistes, organise des expositions en ligne et édite un magazine d’art contemporain sans publicité, pour celles et ceux qui veulent aller plus loin. Il est offert en édition numérique à nos adhérents.
De grands noms ont collaboré avec l’association Opale Art, comme ici le duo d’artistes Pierre et Gilles.
Questions fréquentes
C’est quoi l’art contemporain, en une phrase?
C’est l’art créé de 1945 à nos jours, dans tous les médiums, avec la volonté de questionner.
Depuis quand parle-t-on d’art contemporain?
Depuis 1945 pour le ministère de la Culture, depuis les années 1960 pour le Centre Pompidou.
Quelle est la différence entre art moderne et art contemporain?
L’art moderne couvre la première moitié du XXe siècle, avec le cubisme ou le surréalisme. L’art contemporain lui succède, après 1945 ou à partir des années 1960 selon les institutions.
Qui est le père de l’art contemporain?
Il n’y en a pas d’officiel. Marcel Duchamp est reconnu comme un précurseur : son ready-made Fontaine, en 1917, est cité par la Tate comme la première œuvre conceptuelle.
Quels sont les différents types d’art contemporain?
La peinture, la sculpture, la photographie, l’installation, la performance, la vidéo et les nouveaux médias, ainsi que l’art urbain.
Quel est le but de l’art contemporain?
Le plus souvent, questionner : faire réagir, proposer une critique ou susciter des interrogations.
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